• Pourquoi faire du « socle commun » la référence claire et centrale
    du système éducatif ?

    par Roger-François Gauthier

    Il faut savoir ce qu’on veut : si le propos est d’abandonner l’idée d’une scolarité obligatoire commune à tous les enfants, de retourner à une séparation des filières dès la sixième, avec des types modernes d’examens d’entrée, alors pourquoi ne pas abandonner jusqu’à l’idée d’une école primaire commune (et communale), pour être bien certains à la fois qu’on fera des économies, que chacun aura un menu scolaire à la mesure de « prédictions » dont personne n’est avare et que l’école cessera de prétendre changer quoi que ce soit à la répartition des places dans la société ? Ce que la division sociale de l’espace n’a pas encore réalisé, que l’école le hâte ! La compétition scolaire sera alors consacrée comme un petit jeu sans complexes entre les classes qui auront « tiré l’échelle » derrière elles de toute ascension sociale par l’école. Faut-il d’ailleurs s’épuiser à réaliser ce qui s’élabore sans difficulté tout seul, en laissant faire les jeux à l’œuvre ?
    Maintenant si on ne se reconnaît pas totalement dans cette logique pourtant toute simple, alors il faut considérer que l’école obligatoire n’a pas de sens si elle n’en a pas un d’abord en termes d’objectifs d’apprentissage communs à tout le cursus : le sens du « commun », le sens de ce qu’une société définit comme apprentissages « obligatoire » c’est le vrai sens de l’école « obligatoire », et tout (la formation des maîtres, leur identité même, l’organisation spatiale, les pédagogies à l’œuvre, mais aussi les poursuites d’étude, les modes d’évaluation des élèves, leur droit à des apprentissages responsables, etc.), tout doit s’organiser autour de cela. Et ce qui supporte tout un ensemble, en effet, cela s’appelle souvent un « socle » !

    Roger-François gauthier, expert auprès de l’UNESCO


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  • Il faut défendre le socle commun parce que cette politique peut permettre d’améliorer les compétences des élèves les plus faibles, une exigence morale dont on peut attendre par ailleurs de bons effets sur la croissance économique et la cohésion sociale. Dans les circonstances actuelles, il faut aussi le défendre pour des raisons politiques. Alors que la droite répond à la demande de protection des catégories populaires par diverses formes de frontières qui ne les protègeront pas mieux que la ligne Maginot, la gauche peut y répondre par une « école qui protège ». L’école ne peut promettre à chacun un travail épanouissant et une vie sociale réussie, mais elle peut promettre de faire tout ce qu’elle peut  pour donner, à tous, au moins  les connaissances et les compétences nécessaires pour qu’il  lui soit possible d’y prétendre. Une école, des enseignants mobilisés autour de cette ambition  jouiraient certainement d’un grand crédit auprès de la population.”

    https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/15/denis-meuret-le-socle-commun-est-une-exigence-morale/

    Denis Meuret, chercheur à l’IREDU


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  • L’effort pour enfin concilier connaissances et compétences dans un même mouvement  (éduquer et enseigner) est présent dans la conception du socle commun.
    Il en est de même dans le rapport  L’éducation, un trésor est caché dedans* où savoir-faire et savoir être sont considérés comme deux des quatre piliers du savoir   à transmettre par l’éducation,  et revêtent  une importance égale à celle des connaissances et du savoir théorique. Mettre en rapport le socle commun avec le texte de la commission de l’UNESCO, présidée par Jacques Delors, qui a proposé quelques grandes orientations pour l’éducation au XX1ème siècle permet de montrer que connaissances et compétences, loin de s’opposer, forment  et fondent, ensemble, le savoir, les savoirs indispensables à tous les êtres humains. Ce rapprochement, par voie de conséquence  nous aide à en finir avec les oppositions stériles entre instruction et éducation, entre savoir et pédagogie. Cette dernière est alors considérée comme  un savoir-faire réflexif éclairé par des connaissances issues des sciences sociales.
    Ce socle est commun, il appartient à tous les élèves de notre système éducatif de le construire pour eux-mêmes et pour tous, ce qui devrait induire des conduites de coopération remplaçant les concurrences acharnées qui sévissent dans les classes. C’est aussi en insistant sur cette qualité de commun que le socle de connaissances et de compétences peut être considéré comme une arme contre l’échec scolaire et le creusement des inégalités scolaires. Mais c’est à la condition que les évaluations soient réalisées avec esprit de finesse et de précaution et qu’elles ne soient pas accumulées sans raison.
    Ce socle constitue aussi un ensemble de repères et d’objectifs appelant un travail en commun des enseignants : la recherche-action devrait ici jouer ou rejouer son rôle pour que ce soient des équipes d’enseignants qui affinent, nuancent, précisent ce socle commun, ses objectifs, sa mise en cohérence avec les programmes.
    Bref, le socle commun est un outil indispensable à une réelle démocratisation de notre Ecole.
     
    Francine Best,
    ancienne directrice de l’Institut National de Recherche Pédagogique,
    présidente d’honneur des CEMEA

    *L’éducation, un trésor est caché dedans, rapport à l’UNESCO de la commission internationale sur l’éducation au vingt et unième siècle


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  • https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/15/claude-lelievre-il-faut-que-cela-change/

    Le socle commun n’a un sens plein que dans le cadre de la scolarité « obligatoire », celui de la bonne redéfinition de ce que l’on peut et doit en attendre, du «bien commun» (à savoir ce qui est jugé «indispensable», «obligatoire») qui doit être maîtrisé par tous et par chacun.
    Contrairement à une légende tenace, le «socle commun» ne vise pas en priorité à résoudre le problème des jeunes en échec scolaire (même s’il peut y aider). C’est tout à fait clair dans le premier texte officiel où l’expression apparaît (à savoir le rapport de 1994 du CNP) : «il s’agirait de relever le défi posé par ces élèves ‘’moyens-faibles’’ qui, sans être en situation d’échec scolaire, parviennent trop souvent en fin de collège munis d’un bagage dont c’est un euphémisme de dire qu’il est insuffisant».
    Et le décret d’application du 11 juillet 2006 est lui aussi très clair sur ce point : «S’agissant d’une culture commune pour tous les élèves, le socle traduit tout autant une ambition pour les plus fragiles qu’une exigence pour tous les élèves. Les graves manques pour les uns et les lacunes pour les autres à la sortie de l’école obligatoire constituent en effet des freins à une pleine réussite et à l’exercice d’une citoyenneté libre et responsable».
    Mais, pour bien des raisons, ce n’est pas en réalité cette politique qui a été menée. Il faut que cela change !

    Claude Lelièvre, historien de l’éducation


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  • En tant que porte-parole d’un collectif d’universitaires de toutes les universités québécoises qui a produit Manifeste pour une école compétente (2011), je désire apporter un point de vue sur les réflexions françaises à propos des débats actuels sur le socle commun de connaissances et de compétences.

    En regardant de l’extérieur ce qui se passe en France, il n’est pas surprenant de constater que ce qui était prévu dans la loi de 2005 n’est actuellement pas appliqué selon les fondements de départ. En France comme au Québec, les décisions importantes concernant l’éducation sont tributaires d’enjeux politiques, voire électoralistes. Ce n’est donc pas la pédagogie qui prime et la réussite de tous les élèves, mais plutôt ce qui contribue à l’élection des candidats et candidates.

    Une telle situation ne peut mener qu’à des incohérences dans les systèmes d’éducation. Il est vrai que la mise en œuvre de changements en éducation n’est pas simple, car tout le monde est allé à l’école et pense posséder une grande expertise en ce domaine. Pourtant, avec les recherches actuelles en sciences de l’éducation, l’apprentissage et l’enseignement se complexifient. Il devient difficile, voir néfaste, de tenir compte des points de vue plus ou moins divergents de l’électorat.

    Comme il a été recommandé dans le Manifeste pour une école compétente, la mise en place d’« une agence indépendante du gouvernement dotée de pouvoirs décisionnels pour piloter les changements en éducation » permettrait d’éviter les changements « à la pièce » pouvant mener à des essoufflements professionnels ce qui nuit à la réussite de tous les élèves.

    https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/15/louise-lafortune-des-perspectives-pedagogiques-en-otage-des-enjeux-politiques/

    Louise Lafortune Ph.D. Professeure,

    département des sciences de l’éducation Université du Québec à Trois-Rivières


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