• En tant que porte-parole d’un collectif d’universitaires de toutes les universités québécoises qui a produit Manifeste pour une école compétente (2011), je désire apporter un point de vue sur les réflexions françaises à propos des débats actuels sur le socle commun de connaissances et de compétences.

    En regardant de l’extérieur ce qui se passe en France, il n’est pas surprenant de constater que ce qui était prévu dans la loi de 2005 n’est actuellement pas appliqué selon les fondements de départ. En France comme au Québec, les décisions importantes concernant l’éducation sont tributaires d’enjeux politiques, voire électoralistes. Ce n’est donc pas la pédagogie qui prime et la réussite de tous les élèves, mais plutôt ce qui contribue à l’élection des candidats et candidates.

    Une telle situation ne peut mener qu’à des incohérences dans les systèmes d’éducation. Il est vrai que la mise en œuvre de changements en éducation n’est pas simple, car tout le monde est allé à l’école et pense posséder une grande expertise en ce domaine. Pourtant, avec les recherches actuelles en sciences de l’éducation, l’apprentissage et l’enseignement se complexifient. Il devient difficile, voir néfaste, de tenir compte des points de vue plus ou moins divergents de l’électorat.

    Comme il a été recommandé dans le Manifeste pour une école compétente, la mise en place d’« une agence indépendante du gouvernement dotée de pouvoirs décisionnels pour piloter les changements en éducation » permettrait d’éviter les changements « à la pièce » pouvant mener à des essoufflements professionnels ce qui nuit à la réussite de tous les élèves.

    https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/15/louise-lafortune-des-perspectives-pedagogiques-en-otage-des-enjeux-politiques/

    Louise Lafortune Ph.D. Professeure,

    département des sciences de l’éducation Université du Québec à Trois-Rivières


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  • La loi de 2005 a enfin formulé un objectif éducatif à l’école obligatoire en France, le socle commun de connaissances et de compétences. Elle apparaît à la suite d’un long combat raconté par Claude Lelièvre publié juste avant sa promulgation (L’école obligatoire : pour quoi faire ? Une question trop souvent éludée, 2004, Editions Retz).

    L’issue de ce combat on le voit est encore incertain. En effet le principe du socle commun s’oppose à celui de la méritocratie soit disant « républicaine ». La loi affirme que l’école obligatoire se doit de faire acquérir à tous les élèves ce socle commun. C’est sans doute un objectif utopique à atteindre, mais cela impose de ne pas considérer le socle comme un étalon de mesure et de classement des élèves.

    La conséquence et la condition pour que cet objectif s’incorpore réellement dans les pratiques pédagogiques, c’est tout simplement que les procédures d’orientation gérant la circulation des élèves dans le système soient supprimées.

    C’est la 13ème mesure que j’avais proposée aux Cahiers pédagogiques, formulée ainsi :
    Supprimer progressivement les procédures d’orientation au collège, en commençant par le palier 6ème. Cela donnerait du temps pour une reconfiguration des pratiques pédagogiques, une réelle mise en œuvre de l’éducation à l’orientation, et une réorganisation des lycées, qui incluraient une réelle seconde de détermination de son orientation (pour et par l’élève).

    La question des procédures d’orientation me semble absente des débats actuels à l’occasion de la présidentielle. Pour moi il est à la fois surprenant et logique que l’orientation, la manière dont elle fonctionne dans notre système scolaire, ne soit pas mise en débat.

    Ainsi, à aucun moment au cours du Grand débat de 2004, l’orientation n’a été remis en cause, ni par les enseignants, ni par les élèves (ils se plaignaient des conditions de l’évaluation, mais pas de l’évaluation elle-même par leurs propres enseignants), ni par les parents ! (Les Français et leur école. Le miroir du débat. Commission du débat national sur l’avenir de l’école. Dunod, 2004, 600 pages.) Au fond on a le sentiment que les procédures d’orientation en France se sont fondues dans le fonctionnement même du système scolaire. Et elles apparaissent comme normales, évidentes.

    Je résumerais ma position de la manière suivante : depuis 2005, le collège est le lieu où se termine l’acquisition, pour tous les élèves, du socle commun. L’objectif est bien pour tous les élèves. Or en maintenant les procédures d’orientation tout au cours du collège (6ème, 4ème, et surtout 3ème), on affirme la fonction sélective du collège. Cela explique que le collège n’a jamais pu être « unique », il a toujours différencié des parcours particuliers, permettant ainsi des prises de décision en fin de troisième à la fois plus évidentes pour les intéressés, et moins culpabilisantes pour les décideurs, les élèves ayant déjà été triés par les parcours.

    Maintenir l’orientation en fin de troisième c’est maintenir ces filières internes aux collèges. Que dire, alors de l’idée d’un préapprentissage en cours de collège… ?

    L’autre effet du maintien de la fonction de sélection du collège, c’est de maintenir les enseignants dans un paradoxe pragmatique : faire réussir tout le monde, mais s’arranger pour faire des différences pertinentes !

    source : https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/15/bernard-desclaux-une-condition-oubliee-pour-le-socle-commun/

    Je développe ces idées sur mon blog Educpros :

     
    Bernard Desclaux
    Directeur de CIO et formateur

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  • L’avis sur « les inégalités à l’école » voté à la quasi-unanimité par le Conseil économique, social et environnemental en septembre 2011 préconise un certain nombre de mesures pour réduire ces inégalités, et notamment de mettre véritablement en œuvre le socle commun de connaissances et de compétences.

    À condition d’être bien mise en œuvre, cette réforme capitale présente à mes yeux quatre intérêts majeurs. En premier lieu, elle assigne à l’école une obligation de réussite pour tous, en imposant de mener chaque classe d’âge au niveau de fin de 3ème. Toutes les études montrent combien l’allongement de la scolarité et notamment l’abandon du palier d’orientation en 5ème avait bénéficié à tous et en particulier aux enfants issus de milieux défavorisés. Que cet objectif de réussite figure dans une loi d’orientation sur le système scolaire ne doit pas laisser penser que les conditions de la réussite sont du seul ressort de l’école : conditions de logement, mixité sociale de l’habitat, ressources des parents, tout cela et d’autres facteurs encore doivent être pris en compte. Mais cette réforme du socle commun constitue un maillon essentiel de la lutte pour la réussite de tous.
    En deuxième lieu, l’entrée par les compétences permet au jeune de se découvrir capable de savoirs faire transversaux, donnant sens aux savoirs qu’on lui demande d’acquérir, de construire. Bien entendu, il faut préciser la notion de compétence dans un contexte scolaire, ce n’est pas celui de l’entreprise qui relève d’une autre logique.
    L’acquisition du socle commun est l’objectif de l’école comme du collège, ce qui place ce dernier comme l’aboutissement de la scolarité obligatoire et non plus seulement comme l’antichambre du lycée général pour ceux qui peuvent y accéder. Cette réforme oblige désormais à piloter le collège autant par l’amont que par l’aval.
    Enfin, elle devrait amener à modifier radicalement le mode d’évaluation : non plus noter tout le monde en même temps pour constater qu’à chaque fois les mêmes ont moins bien réussi que d’autres, mais valider l’acquisition des compétences au fur et à mesure qu’elles sont acquises, chacun selon son rythme : école de la réussite et non plus machine à trier et donc à éjecter.

    Encore faudrait-il que cette réforme soit appliquée et non dénaturée comme elle l’a été, voire sabotée : baisse des postes certes, mais aussi absence d’une formation indispensable pour que les enseignants s’approprient le sens de cette réforme et la façon de la mettre en œuvre, retards inadmissibles de la mise en conformité des programmes, renforcement des évaluations contre-productives en primaire, absence totale de cohérence par exemple pour le DNB.

    Xavier Nau

    Membre CFDT du CESE et rapporteur de l’avis sur les inégalités à l’école.

    https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/21/il-faut-reussir-le-socle-pour-reduire-les-inegalites-a-lecole/


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  • Le socle commun est un atout extraordinaire dans le processus d’évolution de l’Ecole :

    Dans une période où les moyens techniques posent de façon inédite la question de l’accès aux savoirs, il offre l’opportunité d’une définition des contenus scolaires en termes de compétences, ouvrant le champ ainsi à de nouvelles questions didactiques et pédagogiques : on n’enseigne pas une compétence, on réunit les conditions de sûreté et de sécurité qui permettent aux élèves de la développer.

    Par sa formulation, toute perfectible qu’elle soit,-  mais quel texte n’est pas perfectible ? – il est unevéritable valeur pour le système scolaire de notre pays, en proposant le cadre d’une culture commune, indispensable pour préserver l’unité nationale alors que les tendances communautaires et les propos d’exclusion se multiplient, y compris parmi les acteurs de l’Ecole.

    Dominique Raulin, didacticien des Mathématiques, ancien directeur du CRDP d’Orléans-Tours, a publié plusieurs ouvrages sur le socle commun, notamment dans la collection Livre Bleu du CRDP du Centre.

     

    source : https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/03/22/dominique-raulin-un-atout-extraordinaire-dans-le-processus-devolution-de-lecole/


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  • https://soclecommun2012.wordpress.com/2012/04/24/roger-monjo-le-socle-commun-une-nouvelle-approche-de-lobligation-scolaire/

    Au-delà des questions traditionnellement évoquées (certes importantes) lorsqu’on débat du socle commun (les destinataires du socle, la distinction du socle et du programme et la question de leur évaluation, l’organisation scolaire à promouvoir, …), il est une question qui me semble plus fondamentale encore car elle constitue une sorte de question préalable. Il s’agit, tout simplement, de la question de l’obligation scolaire. Une question, en effet, centrale dans la mesure où le socle commun, cet ensemble de connaissances et de compétences que tout élève devra avoir acquis « à l’issue de la scolarité obligatoire », a d’abord vocation, à mes yeux, à redonner du sens à cette obligation.

    Cette hypothèse de devoir, aujourd’hui, redonner du sens à l’obligation scolaire peut paraître incongrue au regard du consensus qui a toujours accompagné la régulière augmentation de sa durée depuis son instauration : 13 ans au début, 14 ans dans les années 30, 16 ans depuis les années 60, certains évoquant même, à l’heure actuelle, la perspective de sa prolongation jusqu’à 18 ans. Pourtant, ce consensus me semble, aujourd’hui, objectivement fragilisé.

    La promesse d’une intégration réussie à la « communauté des citoyens », en échange d’une soumission préalable à un dispositif de formation contraignant, a été au cœur de ce consensus. C’est précisément ce « deal » républicain qui est devenu problématique. En distinguant l’obligation scolaire « légale » (l’âge inscrit dans la loi) et l’obligation scolaire « réelle » (cet âge auquel il convient de sortir de l’école aujourd’hui pour pouvoir espérer une intégration sociale, professionnelle et politique réussie, âge que mesure assez bien ce qu’il est convenu d’appeler « l’espérance de vie scolaire moyenne »), force est de constater que l’écart entre les deux n’a cessé de se creuser durant les dernières décennies. Longtemps, l’âge fixé pour l’obligation scolaire a correspondu à l’âge auquel une masse importante d’élèves sortait effectivement du système éducatif. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et un élève qui se contente de respecter strictement l’obligation scolaire est, le plus souvent, un élève en échec.

    Comment, alors, continuer à justifier l’obligation scolaire, s’il n’est plus possible d’invoquer le pacte républicain des origines ?

    La réponse s’énoncerait ainsi : en renonçant à interpréter cette obligation comme l’imposition d’une discipline en échange de la promesse, de plus en plus difficile à tenir, d’une insertion socioprofessionnelle, mais aussi politique, réussie et en revenant à sa signification première ou véritable, anthropologique plus qu’historique. C’est-à-dire en l’interprétant comme une obligation qui pèse d’abord sur l’école, les éducateurs et, plus généralement, les adultes : l’obligation d’instruire et d’éduquer les nouvelles générations. Une obligation absolue mais, en même temps, sans contrepartie véritable, une sorte d’impératif catégorique qui s’inscrit, au-delà du droit, dans le registre de l’éthique. C’est précisément, me semble-t-il, le sens du socle commun, lorsqu’on l’interprète en terme d’obligation de résultats.

    On peut faire un parallèle entre la loi de 2005 et la loi de 2007 qui instaure le « droit au logement opposable ». Or, on réalise aujourd’hui, au vu des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ce droit, la charge d’utopie dont il était porteur. De telle sorte que certains (Alain Renaut, par exemple) propose de considérer ce droit davantage comme un droit moral que comme un droit strictement juridique. Un droit inconditionnel qui génère un impératif absolu pour celui qui a la charge de satisfaire ce droit, mais un droit sans véritable recours, c’est-à-dire un recours qui pourrait déboucher sur une véritable « sanction », du côté de celui qui en est titulaire.

    La même analyse vaut, me semble-t-il, pour le socle commun, entendu comme ce « droit opposable » qui permettrait de renouveler la signification de l’obligation scolaire commeobligation d’instruire et d’éduquer. Car, autant on sait sanctionner un élève (c’est-à-dire ses parents …) lorsqu’il ne respecte pas l’obligation scolaire, autant on ne saurait pas comment sanctionner un enseignant dès lors que l’obligation d’instruire dans laquelle il est n’a pas produit l’effet attendu, en l’occurrence la maîtrise par l’élève, à l’issue de cette « scolarité obligatoire », du socle commun. On est donc bien, là aussi, dans l’ordre de l’exigence éthique plus que de la contrainte juridique. Dans l’ordre de l’utopie, mais au sens où une utopie peut être mobilisatrice. De telle sorte que l’expression « droit inconditionnel » serait sans doute plus pertinente que « droit opposable ».

    Je vois une deuxième conséquence importante de cette interprétation du socle commun comme obligation de résultats, entendue dans un sens éthique plus que juridique : la rupture avec le ciblage « social » de l’obligation scolaire.

    Ce qui légitime fondamentalement le caractère obligatoire de l’école, c’est sa dimension commune. L’école ne peut être obligatoire que si elle est (et que tant qu’elle est) commune. Tant que l’école est obligatoire, toutes les opportunités doivent rester ouvertes pour tous les élèves car ce sont des êtres en devenir. Réciproquement, le seul impératif, la seule obligation véritable qui pèse sur une telle école, c’est précisément deproduire du commun. Le « commun » au sens de l’ordinaire : une telle école doit échapper à la logique de l’excellence (qui implique compétition et sélection). Mais le commun au sens, aussi, de ce qui est partagé. Cette perspective d’une mise en commun se situe au-delà de l’opposition à laquelle on réduit souvent le débat aujourd’hui, en particulier à propos du collège, l’opposition de la différenciation, voire de l’individualisation et de l’homogénéisation, voire de la standardisation. Il s’agit, en réalité, de rapprocher, de rassembler, de faire du lien, sans pour autant nier les différences. Au contraire même, puisque ce sont précisément ces différences qui font la richesse de ce qui est partagé, mis en commun. C’est pourquoi l’appellation « école commune » me semble finalement préférable à l’appellation « école unique ».

    Roger Monjo

    Maître de Conférences en sciences de l’éducation

    Université Montpellier3

    http://rogermonjo.over-blog.com/


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