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    FIGAROVOX/HUMEUR - Jean-Marie Le Guen a défendu la réforme du collège sur LCP en indiquant qu'il ne s'agissait pas de s'intéresser seulement à quelques futurs agrégés de lettres classiques. La réaction de François-Xavier Ajavon.


    François-Xavier Ajavon est chroniqueur sur Causeur.


    Les politiciens sont des mammifères assez proches des humains, bien que totalement dénués de sens moral. Ils sont bipèdes et dotés de mains préhensiles. Ils se nourrissent aux abords du Palais Bourbon, du Palais du Luxembourg et -à l'heure où les grands fauves vont boire- s'abreuvent aux alentours de l'Elysée. Ils ont en général des métiers et on peut les classifier en trois sous-ordres: les avocats, les hauts-fonctionnaires et les médecins.

    Les politiciens sont des mammifères assez proches des humains, bien que totalement dénués de sens moral. Ils sont bipèdes et dotés de mains préhensiles.

    Jean-Marie Le Guen -Secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement- fait partie de la troisième catégorie. A l'instar de Che Guevara, Bernard Kouchner et Dominique Voynet, il appartient à cette caste des politiques qui savent nommer tous les os de la main (il y en a 27!), et de quelle manière on fait les bébés. C'est pour cette raison qu'il est intervenu sur la chaîne parlementaire LCP en fin de semaine dernière, afin de dire que le latin et le grec comptaient pour des prunes.

    La réforme du collège semble prévoir la suppression des cours de latin, de grec et des classes bilingues. Exit Virgile, Aristophane et Goethe. Le but étant certainement de favoriser le grand flux moderne du rien, allant de Nabilla à TF 1 en passant par Booba, Jean d'Ormesson et Conchita Wurst. Les gens de gauche au pouvoir faisant mine de ne pas comprendre que l'enseignement de la culture classique (dont on nous promet le maintien au travers d'un nébuleux module transdisciplinaire de «civilisation» antique, qui ne trompe absolument personne) est un rempart, un mur d'enceinte, un rideau de fer contre la bêtise.

    Exit Virgile, Aristophane et Goethe. Le but étant certainement de favoriser le grand flux moderne du rien, allant de Nabilla à TF 1 en passant par Booba, Jean d'Ormesson et Conchita Wurst.

    Le Ministre Jean-Marie Le Guen, fort de sa ressemblance scandaleuse avec le comique Bénureau, a vendu la mèche sur le plateau de Patrick Chêne l'autre jour. Le but est de procéder à «l'adaptation de notre école aux défis du XXI ème siècle». Il déroule en ces termes le ruban de son mépris: «Est-ce qu'il n'y a pas une polémique un peu académique? Est-ce que l'on pense que les défis, pour la grande masse de nos jeunes... (un silence) Il ne s'agit pas simplement de s'intéresser à quelques futurs agrégés de lettres classiques, que je respecte beaucoup, et dont je reconnais l'importance dans notre culture, mais il s'agit de former 80% d'une classe d'âge (un silence) et j'allais dire 100% d'une jeunesse qui a besoin de trouver ses repères dans le monde, et des compétences professionnelles. C'est ça l'enjeu. C'est pas de défendre les Lettres classiques...» (Un silence)

    C'est dommage, les médecins de Molière, dans le déferlement furieux de leur charabia truffaient -eux- la logorrhée de mots latins.C'était plus délicatement fleuri... Outre que l'on ne comprend pas très bien l'ambition finale: adoucir la chair à canon et la rendre tout à fait employable, réduire les effectifs de profs ou ferrailler (avec un cran imbécile) contre ce que certains appellent la «culture» d'une élite -on est fasciné par l'échec prévisible de l'opération. Virgile, Homère, Cicéron, Aristophane, Platon, Guillaume Musso, Lucrèce, et Thucydide seront toujours présents dans la bibliothèque -et la conversation- de certaines familles. Ailleurs, le dernier recours sera toujours ces quelques satanées années d'école obligatoires.

    Merci, Docteur Le Guen, pour la franchise de votre diagnostic. On attend maintenant une autre thérapeutique.


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  • Touche pas à ma 3e C, le coup de gueule d'un prof de ZEP

     

    FIGAROVOX/HUMEUR - Jean-François Chemain est professeur dans un collège de ZEP. Si la réforme du collège passe, sa meilleure classe pourrait diparaître. Pour la première fois, il va manifester.


    Jean-François Chemain est agrégé et docteur en Histoire, professeur dans un collège de ZEP


    «Ô égalité, que de crimes on commet en ton nom», ai-je envie de crier à la façon de Manon Rolland, dont plus aucun élève n'entend désormais parler! Je n'ai jamais fait grève de ma vie, mais là c'en est trop, ras le bol, la coupe est pleine... On va m'enlever ma 3e C!

    Qu'on se le dise en haut lieu, si on en a quelque chose à f....., j'ai choisi ce métier il y a dix ans pour enseigner l'histoire aux jeunes des «banlieues». Pas pour tenter de placer un mot entre un «nique ta mère» et un «starfallah», mot que d'ailleurs personne ne comprend, aussi simple soit-il, comme tout à l'heure «censure» qu'on m'a défini comme «une personne particulièrement collante». Si je suis de bonnes grâces les misères de l'enseignant, c'est parce que j'en goûte parfois aussi les splendeurs.

    De celles-ci ma 3e C est le fleuron, et je n'imaginais pas que la décrire amoureusement ferait un jour de moi un futur hors-la-loi. Classe bilingue anglais-allemand dès la 6ème, comportant un fort taux de latinistes, permettant au collège public particulièrement difficile où j'enseigne de limiter les stratégies d'évitement dans le privé, dans un quartier pourtant sensible. Et l'on y rajoute, en cours de route, quelques bons élèves des autres classes à qui on veut donner la chance de réussir sans être persécutés... Des gamins - aurai-je moi aussi droit aux foudres pour me livrer à ces «statistiques ethniques» sauvages? - presque tous issus de l'immigration (d'une bonne dizaine de pays différents), presque tous musulmans... Une classe avec laquelle on parvient à boucler, à peu près, le programme, au lieu qu'avec les autres on en fait la moitié...

    Que, par idéologie, on détruise cette chance, pour ces jeunes comme pour la France, comme pour moi, ça me révolte. Ce pays va crever d'être conduit par de soi-disant experts, alors qu'il lui faudrait l'être par des gens intelligents et humains, simplement.

    Une classe miracle, où l'Arménien est le meilleur ami du Turc (vrai!), où un soi-disant futur jihadiste m'a appelé pendant un arrêt maladie pour prendre de mes nouvelles, où tout le monde a applaudi l'annonce de l'accession d'une camarade à la nationalité française... Une classe où certains ont su s'étonner du manichéisme politique du manuel: car si le roman national est moribond, celui de la gauche s'y porte au mieux, merci, les trois dossiers donnés à l'étude sur la vie politique de la France entre les deux guerres étant la naissance du Parti Communiste, Léon Blum, et le Front Populaire. Ca ne leur a pas échappé. Une classe, quand même, où l'on s'est indigné des propos antisémites de l'entre-deux guerres au lieu de s'en réjouir.

    Ah, j'allais oublier, pour aggraver encore mon cas: cette classe a horreur qu'on la mette «en activité», comme il est bien vu de le faire, pour répondre à des questions bébêtes et cousues de fil blanc concoctées par les auteurs du manuel. Genre: «à partir des documents, montrez comment le Front Populaire a renforcé la République». Elle préfère entendre la voix du prof lui raconter l'histoire, lui transmettre ce qu'il a dans les tripes et qui lui donne des raisons de se lever le matin. «M'sieur, parlez encore, votre voix est si... mielleuse!». J'aurais préféré «envoûtante», mais bon... Je n'y suis pour rien, m'écouter les rassure et leur fait du bien. J'imagine que si l'on m'a donné mes diplômes, c'est parce qu'on me juge capable et digne de leur parler?

    Cela fait plusieurs années que j'ai les 3eC. Beaucoup d'entre eux vont ensuite dans les meilleurs lycées, j'en ai suivi en fac de droit, de médecine. C'est un bonheur, et un honneur pour moi de leur enseigner.

    Que, par idéologie, on détruise cette chance, pour ces jeunes comme pour la France, comme pour moi, ça me révolte. Ce pays va crever d'être conduit par de soi-disant experts, alors qu'il lui faudrait l'être par des gens intelligents et humains, simplement.

    «Dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne», quel que soit le temps, et pour la première fois, j'irai manifester! Pour moi, pour la République, pour la France, pour eux...

    Jean François Chemain


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  • Mardi 19 Mai 2015 à 15:30

    Propos recueillis par
    Alexandre Coste
     
     
    Les enseignants manifestent ce mardi contre la réforme du collège et la refonte des programmes portées par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Parmi eux, Françoise Touitou, professeur d'allemand en Seine-et-Marne, est venue se battre contre ce qu'elle estime être "la mort l'allemand".
    Photos : Alexandre Coste

    Marianne : Pourquoi êtes-vous venue manifester aujourd'hui ?
    Françoise Touitou : Je suis contre la suppression des classes bilangues et européennes. Les classes bilangues sont faites pour les élèves qui veulent étudier plus les langues, mais, contrairement à ce que prétend Najat Vallaud-Belkacem, ce ne sont pas des classes élitistes. S'ils le désirent, les élèves peuvent continuer avec les classes européennes dès la 4e. Cela leur permet d'obtenir la certification, qui atteste d'un niveau en langue au niveau européen.

    Quels sont les profils des élèves de classes bilangues et européennes ?
    Ils proviennent d'horizons sociaux divers. Ce n'est pas du tout un rassemblement de « l'élite ». Dans mon collège, ce sont des élèves qui habitent de petits villages. Ce sont des bons élèves, certes, mais le niveau exigé par ces classes les boostent. Cela leur donne encore plus envie de travailler. Attention, on parle de « classes », mais il s'agit en réalité de groupes qui se retrouvent ponctuellement : les élèves sont dispatchés dans plusieurs classes. Ce sont des petits groupes, pas des classes spéciales, justement pour éviter ce fameux « élitisme ».

    De quelle manière la réforme du collège va avoir un impact sur votre matière, l'allemand ?
    Je crains, à terme, la mort de l'allemand. Les élèves ne pourront plus prendre l'allemand en première langue, en classe bilangue, un apprentissage qui commençait dès la 6e. L'allemand sera automatiquement relégué en seconde langue. Elle est choisie par très peu d'élèves, car l'espagnol est largement privilégié. Les classes bilangues avaient relancé l'intérêt pour l'allemand. Autre changement, la seconde langue commencera à présent en 5e, mais passera de 4 heures d'enseignement par semaine à 2 heures et demie. C'est aberrant !

    Pour quelles raisons ?
    Les enfants qui avaient des facilités perdent une occasion d'avoir un enseignement adapté à leurs capacités intellectuelles, tandis que ceux qui sont en difficulté vont se retrouver avec trois langues à apprendre dès la 5e ! Déjà qu'ils peinent à maîtriser le français...

    Vous allez donc perdre des heures d'enseignement ? Cela aura-t-il des répercussions sur votre salaire ?
    En tout, je passe de 18 heures d'allemand à 7 heures 30 ! Pour le salaire, c'est le flou total. Mon avis, c'est qu'il y aura maintien de salaire pour les profs titulaires. Les profs contractuels, en revanche, sont payés au nombre d'heures effectuées. Bien sûr, on en recrute de plus en plus, ils sont corvéables à merci. De plus, on en retrouve dans des matières où l'on peine à recruter, comme les mathématiques. On n'en parle peu mais il y a une véritable crise du recrutement. Déjà que ce métier n'intéresse plus grand monde, ça n'est pas en véhiculant l'image de l'élève qui s'ennuie que ça va arranger notre image...

    En ce qui vous concerne, la ministre de l'Education nationale annonce qu'il y aura plus de professeurs d'allemand recrutés...
    Comment peut-on recruter des profs d'allemand si moi, je perds la moitié de mes heures ? Il faut m'expliquer...


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  • Mardi 19 Mai 2015 à 16:00

    Propos recueillis par
    Alexandre Coste
     
     
    Les enseignants manifestent ce mardi contre la réforme du collège et la refonte des programmes portées par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Parmi eux, Angélique Latour, enseignante de physique-chimie, qui est venue défendre sa matière (mais pas que), grande oubliée des médias focalisés sur l'allemand, le latin et le grec.
    Photos : Alexandre Coste

    Marianne : Vous êtes une jeune enseignante, c'est votre première réforme ?

    Angélique Latour : Je suis professeur de physique-chimie depuis deux ans. C'est ma première réforme et c'est également la première fois que je fais grève.

    Pourquoi êtes-vous venue manifester ?
    Ma discipline est touchée, mais je ne me bats pas que pour la mienne. Les élèves qui ne pourront pas faire de latin et intégrer des classes bilangues iront dans le privé. Je n'invente rien, je suis professeure principale d'une classe de 5e et plusieurs parents d'élèves m'ont déjà fait part de leurs intentions. Cette réforme va à l'encontre de la mixité sociale.

    De quelle manière cette réforme va-t-elle avoir des conséquences sur l'enseignement de la physique-chimie ?
    Je perds une demi-heure en 3e. On me demande de former des futurs scientifiques, mais on ne m'en donne pas les moyens ! Cette réforme part en effet du postulat que l'élève s'ennuie en cours. Dans l'enseignement de la physique-chimie, ce qu'il y a de ludique, ce sont les manipulations. Mais pour des conditions de sécurité, c'est inenvisageable d'en faire dans des classes de 30 élèves. On fait donc des cours magistraux, et les élèves s'ennuient.
    L'autre problème, c'est qu'il n'y a actuellement aucun enseignement de la physique-chimie en 6e. Avec la réforme, quatre heures seront prévues pour l'enseignement des sciences de la vie et de la terre, de la technologie et de la physique-chimie en 6e. Sauf que la répartition de ces heures entre ces matières est laissée au bon vouloir des établissements. Certains élèves ne feront que de la technologie, tandis que d'autres alterneront entre SVT et physique-chimie, par exemple. Ce n'est pas égalitaire, cela va créer des différences majeures entre les élèves. Nous souhaitons l'introduction de la physique-chimie en classe de 6e, mais pas n'importe comment !

    N'est-ce pas étrange de retirer du temps aux matières scientifiques alors même que la filière S est valorisée dans les bacs généraux ?
    Cela va totalement à contre-courant de la valorisation de la filière scientifique.


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  • Mardi 19 Mai 2015 à 17:30

    Propos recueillis par
    Alexandre Coste
     
     
    Les enseignants manifestent ce mardi contre la réforme du collège et la refonte des programmes portées par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Parmi eux, Nicole, professeur de français depuis trente-quatre ans qui a vu péricliter l'enseignement de sa matière jusqu'à cette ultime réforme en trompe-l'œil qui va, selon elle, encore une fois profiter aux bons élèves.
    Photos : Alexandre Coste

    Marianne : Pourquoi êtes-vous venue manifester aujourd'hui ?
    Nicole : J'enseigne le français depuis trente-quatre ans et je pense que ce que l'on nous propose à l'heure actuelle, avec cette réforme, ne peut aller que vers une dégradation de l'expression écrite et de la réflexion. A partir du moment où l'on diminue les heures (en 1981, il y avait 6 heures de français par semaine, aujourd'hui seulement 4 heures), comment ne pas aller vers une dégradation ?

    On nous promet pourtant plus d'égalité entre les élèves...
    Cette réforme va encore une fois servir aux bons élèves. Ils s'en sortiront dans tous les cas de figure. Ils ont une capacité d'adaptation que n'ont pas les autres élèves. Un groupe d'élèves que vous allez faire travailler sur la mythologie, par exemple, va être capable de faire des recherches de façon autonome, de produire à l'écrit un travail de qualité. Ce que je vous dis, je viens de l'expérimenter. C'était dans le cadre de l'accompagnement personnalisé. J'ai fait travailler un petit groupe, mais je les ai fait travailler à un autre niveau. Dans certains établissements, ces heures d'accompagnement seront sacrifiées au profit des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI).

    Qu'en sera-t-il des élèves d'un niveau inférieur ?
    Un groupe d'élèves en difficultés ne va pas vouloir s'exprimer à l'écrit. Ces élèves ne pourront pas travailler de manière autonome, ils ne comprendront pas les tenants et les aboutissants des thématiques abordées dans les EPI. Quelles sont les connaissances tangibles qui vont rester face à des projets à l'intitulé nébuleux ?

    Il s'agit pourtant, nous dit-on, de tromper l'ennui des élèves !
    Tous les enfants s'ennuient en classe, à cause de notre société de loisirs. Mais l'école n'est pas un loisir. On ne peut pas apprendre strictement en s'amusant. Je fais rire mes élèves mais à un moment donné, ils doivent produire un effort.

    Quelle est votre sensibilité politique ?
    Je suis déchirée car je suis profondément de gauche. C'est donc pour moi un dilemme cornélien, parce que je suis également une latiniste convaincue ainsi qu'un pur produit de la méritocratie républicaine : mon père était simple agent de maîtrise. Aujourd'hui, je me trouve à cinq ans de la retraite, je pourrais dire « je m'en fiche ». Mais je ne m'en fiche pas, j'ai encore beaucoup à donner.


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