• Le Monde | 20.05.2015 à 15h41 • Mis à jour le 20.05.2015 à 16h23

    image: http://s2.lemde.fr/image/2015/05/20/534x0/4637058_6_9237_2015-05-20-e028925-5778-151ip7w_9b44bfcd2e4e3177a25c24366f0a07b8.jpg

    ©Vincent Isore/IP3 pour Le Monde ; Paris, France le 19 Mai 2015 - Manifestation d enseignants en greve contre la reforme du college

    Pierre Albertini, professeur de première supérieure (Khâgne) au lycée Condorcet

    Je viens de lire le cri de colère contre la « nostalgie élitiste » de l’historien Antoine Prost. Il ne m’a absolument pas convaincu. Antoine Prost, je pense que vous êtes un très grand savant, un de nos meilleurs historiens, admirablement formé par des institutions scolaires à l’ancienne (les études classiques, la khâgne du Parc, l’École normale supérieure), mais que, dès qu’il s’agit de réforme scolaire, vous vous transformez en idéologue. La véhémence de votre cri me fait penser qu’il y entre du fanatisme, de ce fanatisme à fortes racines catholiques qu’on trouve chez tant de pédagogistes du SGEN. Vous êtes en fait un idéologue de l’enfance et vous excipez très indûment de votre qualité d’historien pour essayer de nous fourguer l’horrible camelote du réformisme.

    Depuis les années 1970, le pédagogisme cher à votre cœur a montré (sous Haby, sous Savary, sous Jospin, sous Allègre, sous Najat Vallaud-Belkacem) ce dont il était capable et le résultat est un désastre à peu près complet. S’il n’y avait pas une religion du pédagogisme, totalement réfractaire à l’expérience et au bilan, l’affaire serait entendue. Au nom de la démocratisation, et en usant sans vergogne d’un pathos sociologique (qui dégoulinait encore avant-hier à propos des mauvais résultats de nos élèves en mathématiques), on a imposé les « sciences de l’éducation » à tous les jeunes professeurs, désintégré l’enseignement primaire, diminué du même coup les compétences linguistiques, grammaticales et arithmétiques de la majorité des collégiens, abaissé les exigences (notamment scientifiques) au lycée - et, pour finir, cassé le thermomètre, en modifiant les épreuves et les modalités d’évaluation du baccalauréat, dont les résultats sont chaque année plus mirifiques, et en demandant, dernière trouvaille, l’abandon des notes chiffrées remplacées par des couleurs.

    Filières sélectives

    Comme il existe toujours des filières sélectives dans l’enseignement supérieur, les familles affolées ont de plus en plus souvent opté, lorsqu’elles en avaient les moyens, pour les lycées de l’entre-soi, l’enseignement privé et les aides parascolaires, ce qui a fait flamber les inégalités sociales. Par chance, des classements internationaux ont fait apparaître l’ampleur de la Bérézina, un peu comme les rares voyageurs franchissant le rideau de fer permettaient aux Soviétiques de s’apercevoir qu’ils ne vivaient pas au paradis. Et maintenant l’un des principaux responsables de l’effondrement vient dénoncer une prétendue nostalgie élitiste et insulter, semaine après semaine, dans un journal qui fut toujours le fer de lance du pédagogisme, les professeurs qui ne pensent pas comme lui.

    Je ne suis pas élitiste. Je crois profondément à la nécessaire démocratisation de l’enseignement. Tous les élèves ont droit au meilleur enseignement possible. Je ne suis pas nostalgique. Je ne crois pas que le latin et le grec soient admirables en tant qu’origine de notre civilisation. Je déteste le roman national et je suis totalement imperméable au discours de Pierre Nora. Je pense que les corpus d’auteurs scolaires doivent être constamment renouvelés. Je me réjouis qu’on enseigne le chinois à des collégiens de plus en plus nombreux et je serais ravi qu’il en allât de même de l’arabe. Il y a bien longtemps que l’évolution politique d’Alain Finkielkraut m’a rendu sévère à son égard. Je pense seulement qu’il n’y a aucune raison de détruire ce qui fonctionne, comme on l’a fait (dans l’enseignement primaire) et comme on s’apprête à le faire (au collège), avec votre bénédiction.

    La rationalité au cœur du système

    Ce qui doit être au cœur de notre système scolaire, ce n’est pas l’enfant, c’est la rationalité. L’enseignement primaire et l’enseignement secondaire refondés doivent nourrir l’intelligence des enfants, pour qu’ils puissent être par la suite des adultes éclairés et responsables, des citoyens, des hommes et des femmes susceptibles de comprendre le monde (y compris le monde techno-scientifique) dans lequel ils seront appelés à vivre. Cette exigence passe par l’enseignement des disciplines constituées, les exercices, l’apprentissage du vocabulaire et des règles, la répétition, le travail solitaire, la lecture individuelle, et même parfois, pourquoi le nier ?, l’ennui.

    Pourquoi refusons-nous la réforme de Mme Vallaud-Belkacem ? Parce que nous trouvons contradictoire l’idée d’égalitarisme et celle d’autonomie accrue des établissements : 20 % du temps scolaire laissé à la discrétion des chefs d’établissement, c’est un premier pas vers de nouvelles inégalités. Parce que nous ne croyons pas aux bénéfices de la pluridisciplnarité telle qu’elle sera bientôt imposée par des réformateurs dont certains détestent la spécialisation disciplinaire des professeurs. La pluridisciplinarité est déjà largement pratiquée mais elle n’a de sens que lorsque chaque discipline est solidement fondée et lorsque le dialogue entre les disciplines est mûrement réfléchi.

    Autrement dit, convoquer un professeur d’histoire et un professeur d’espagnol pour faire écrire à une classe de 4e une lettre en espagnol à des horticulteurs kényans, ce n’est pas un progrès, c’est de la foutaise. Parce que nous pensons que la réforme est (comme bien souvent) un cache-misère et qu’elle va, sous couvert d’égalité, imposer la même pénurie à tout le monde (on le voit bien à propos des classes bilangues et des horaires d’allemand), ce qui renforcera l’enseignement privé (qui, comme toujours, interprétera les textes à sa façon et à son avantage, au nom du « caractère propre » et en vertu des pouvoirs exorbitants de ses chefs d’établissements). Parce que nous pensons aussi que le latin et le grec doivent continuer à être enseignés en tant que langues, la version et le thème donnant des habitudes d’exactitude et la maîtrise de la phrase complexe, si utiles pour penser, que ces langues éclairent le français, font entrer dans la longue durée, montrent aussi que des hommes ont pu être pleinement humains en dehors de tout monothéisme (il est vrai que l’étude du chinois et celle du japonais peuvent avoir les mêmes vertus mais nous avons sous la main plus de professeurs de lettres classiques que de professeurs de langues orientales).

    Parce que nous pensons enfin que d’autres voies sont possibles : une augmentation sensible des heures de français en 6e (la 2e langue en 5e, quand les élèves n’ont aucune maîtrise de la grammaire française, est pure poudre aux yeux), le doublement ou le triplement du salaire des professeurs enseignant dans les établissements les plus déshérités ce qui aurait la vertu de modifier l’image de l’enseignant aux yeux de ses élèves et d’attirer vers la carrière les meilleurs lycéens des classes populaires, que l’actuel système médiatique se contente d’orienter systématiquement vers Sciences Po, école qui contribue bien davantage à nos problèmes qu’à leur solution.

     
     


    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/20/critiquer-najat-vallaud-belkacemau-nom-de-l-egalite_4637059_3232.html#fei7PUMVM8o3F1Kc.99

     

    Vos réactions (84)Réagir La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    zadig Hier

    "Ce qui doit être au cœur de notre système scolaire, ce n’est pas l’enfant, c’est la rationalité." Là est le cœur effrayant de votre discours totalitaire qui rejette dans les ténèbres ce qui ne correspond pas à vos certitudes. Le reste n'est que scories et métaphores usées :"casser le thermomètre", "le rideau de fer", jugements de valeur méprisants qui ne valent pas d'être relevés. Éduquer, au sens étymologique, c'est guider. Douch était doté d'un redoutable esprit rationnel. Czentovic aussi.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Malo Hier

    Juste une remarque sur une confusion fréquente mais significative d'une certaine partialité dans les lectures du projet : les 20pcent du volume horaire ne seront pas à la discrétion du chef d'établissement mais de la responsabilité du conseil pédagogique, c'est à dire des profs eux mêmes. Je ne comprends pas cette défiance à l'égard d'un processus qui accroît l'autonomie des acteurs. Mais c'est vrai la liberté pédagogique tant revendiquée devient là collective. C'est sans doute ça qui fâche...

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    AlexM il y a 2 jours

    Merci de cette tribune posée et intéressante, qui aide à démêler les choses sur un sujet difficile. J'apprécie justement votre appel à la rationalité et au discernement, le fait que vous mentionniez un certain abaissement des exigences scientifiques. (nous nous étions croisés à Condorcet en 2008 quand vous nous aviez largement aidés à monter l'exposition X-Résistance, le première dans un lycée. Merci)

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    GUS il y a 6 jours

    On ne saurait mieux dire. Bravo.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Marie Paule Hutin il y a 6 jours

    Erreur dans le postulat de départ : ce que l'auteur appelle "pédagogisme" -et le choix du suffixe laisse à réfléchir- n'a jamais vraiment été mis en oeuvre. On s'insurge beaucoup contre des choses qui ne se sont jamais vraiment produites, c'est là une curieuse habitude française. Le poids des habitudes, la force de la résistance au changement ont laissé toutes les tentatives de réforme lettres mortes. Si nous en sommes aujourd'hui à ce constat d'échec insupportable, c'est bien parce que rien n'a

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    NRF il y a 6 jours

    Merci !

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    virginie il y a 1 semaines

    'Parce que nous pensons que la réforme est un cache-misère et qu’elle va, sous couvert d’égalité, imposer la même pénurie à tout le monde' Tant que les élèves seront 30 par classe toute réforme parait bien inutile. ..

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Roméo il y a 1 semaines

    Tragique et pathétique. On sait poser un robot sur une comète à des millions de km. Mais au bout de quelques milliers d'années, on en est encore à s'écharper pour savoir comment apprendre à lire et à écrire. Problème de caste?

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    F.Guizot il y a 1 semaines

    "La France est le pays de l’OCDE le plus inégalitaire dans le sens où la performance est la plus fortement corrélée avec le niveau socio-économique et culturel des familles." Pour le score moyen en mathématiques, devant nous: Pays bas, Finlande, Canada, Pologne, Belgique, Allemagne, Autriche. Pourtant la France est un des pays qui investit le plus en % de PIB. Source: note d'information de 2013 sur éducation.gouv. Si doute il y a l'ouvrage de Baudelot et Establet "l'élitisme républicain".

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Yann Amar il y a 6 jours

    F.Guizot : c'est faux, la France ets dan sla moyenne des pays de l'OCDE, les USA sont largement plus "forts" en matière de reproduction sociale, par exemple.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    F.Guizot il y a 1 semaines

    Les enquêtes PISA, PIRLS sont implacables! Dubet, Van Zanten,Duru Bellat, Bourdieu,Prost, Lelièvre, Terra Nova, FCPE, Delahayes, Obin, Cyrulnik... implacables. Depuis la création du collège unique nombre de dispositifs ont été créés pour recréer les filières sociales en interne. Afin d'éviter de revoir la pédagogie, la domination de l'ordre secondaire du lycée Napoléonien fait pour la seule bourgeoisie. Pourquoi des pays similaires au notre parviennent à faire réussir la masse et les élites?

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Balthasar Thomass il y a 1 semaines

    Les "pays similaires aux notre" ne réussissent justement pas mieux. Au PISA 2012, l'Allemagne fait un peu mieux que la France, mais les autres pays voisins, Angleterre, Italie, Espagne, sont moins biens classés, et la Norvège, la Suède, les USA, par exemple, encore pires. La France est exactement dans la moyenne de l'OCDE, tous les pays "similaires"' rencontrent des problèmes assez... similaires.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina il y a 6 jours

    Les 8 premières places du classement PISA sont occupées par des pays asiatiques. Je n'ai jamais vu le moindre papier qui informe précisément sur les pédagogies qui sont mises en oeuvre pour assurer de tels résultats. Si quelqu'un sait, ou peut indiquer un lien, merci de le faire.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    GUS il y a 6 jours

    Pour la seule bourgeoisie ? Mais par pitié qu'on arrête avec ces salades !!! Avez-vous seulement déjà mis les pieds dans un collège public ? Si oui qu'y avez-vous vu dans les classes de latin et d'allemand LV1 ? Un entre-soi de grands bourgeois ??? La réalité que vous ne pouvez supporter c'est qu'il y a, et qu'il y aura toujours, des bons élèves et des moins bons, et que ce sont (ô suprise !) les bons qui inévitablement tirent le meilleur parti du système, quel qu'il soit !!!

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    GUS il y a 6 jours

    Pour la seule bourgeoisie ? Mais par pitié qu'on arrête avec ces salades !!! Avez-vous seulement déjà mis les pieds dans un collège public ? Si oui qu'y avez-vous vu dans les classes de latin et d'allemand LV1 ? Un entre-soi de grands bourgeois ??? La réalité que vous ne pouvez supporter c'est qu'il y a, et qu'il y aura toujours, des bons élèves et des moins bons, et que ce sont (ô suprise !) les bons qui inévitablement tirent le meilleur parti du système, quel qu'il soit !!!

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Juan Manuel CUESTA il y a 1 semaines

    C'est un réquisitoire implacable et je m'étonne que les "pédagogistes" osent encore l'ouvrir après des lustres d'un bilan désastreux. Et je m'étonne encore plus qu'ils trouvent un écho à gauche. Ces gens, les "pédagogistes", ont une vision teintée de charité chrétienne propre à la CFDT et à son rejeton dans l'Education, le SGEN, une véritable calamité, pour la communauté édicative. Oui, il faut revenir aux fondamentaux en y mettant le paquet, et aussi en revalorisant les salaires des enseignants

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Malo il y a 6 jours

    Je suis syndiqué au SGEN depuis 30 ans et je n'ai pas le sentiment de faire partie d'un courant de pensée hégémonique dans le monde éducatif, bien au contraire ! Je lis que le "pédagogisme" (?) gangrène l'école depuis la réforme de René Haby. La réalité des idées et des pratiques qui domine dans les établissements me fait plutôt dire que c'est justement la reproduction du petit lycée et la nostalgie des orientations précoces qui empêchent les évolutions et entretiennent ainsi l'échec du collège.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    F.Guizot il y a 2 semaines

    Ceux qui sont contre "la réforme", contre le collège unique,contre l’hétérogénéité, contre le socle commun, contre l'aide personnalisée,contre l'interdisciplinarité, contre l'allongement de la scolarité obligatoire, contre les remplacements de courte durée. Mais pour une sélection au sortir du CM2, pour l'homogénéité, pour la logique disciplinaire, pour l'apprentissage à 14 ans, pour l'exclusion définitive. Pour l'exclusion de cours, pour les "heures poste". Des arguments (scientifiques)?

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Yann Amar il y a 6 jours

    M. Guizot, eh bien non. Par contre, les partisans de cette réformes souhaitent un bac sans valeur donné par défaut à la naissance, et une sélection qui s'opérera sur d'autre scritères, extra-scolaires : moyens financiers et entregents des parent. Cette réfoprme colle exactement aux idéologie d'extrême-droite da'vant guerre qui prônait une éducation minimaliste pour les enfants de geux, puisque leur vocation était de travailler aux champs et à l'usine.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    andreu il y a 2 semaines

    Bien aimé la remarque sur Sciences Po, champion de l'écrémage d'élèves talentueux qui se propose en faux modèle de rénovation de l'enseignement supérieur.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    christophe chartreux il y a 2 semaines

    Enfin, le latin c'est 20% d'élèves en 5e, 2% en seconde et moins de 1% après le Bac... Il n'y a pas un souci? Ah non c'est vrai... L'entre-soi est la norme que vous défendez avec un aplomb presque surréaliste.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    furusato mon avenir comme nouille dans le bol du monde homogénéisé il y a 2 semaines

    Absolument ,C Chartreux,heureusement les écrans gagnent et vont produire l'égalité qui compte,celle des télécommandes perfectionnées et des icônes .

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina il y a 2 semaines

    Le problème que vous soulevez, Christophe, est la question du bien fondé des filières d'exception. Ca me semble une curieuse démarche qu'au nom de la promotion d'un système éducatif plus démocratique (un objectif avec lequel je suis parfaitement d'accord mais que cette réforme ne garantit absolument pas ), un pays se prive délibérément de la chance d'avoir une élite bien formée, car une élite il y en aura toujours.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Stratégie de l'échec il y a 6 jours

    Tout à fait. Il est injuste que les quelques bons élèves qui restent encore malgré tout (mais plus pour longtemps, rassurez vous) dans les établissements publics puissent se retrouver dans de bonnes classes où ils peuvent travailler dans des conditions outrageusement bonnes et même réussir scandaleusement alors que tant d'autres échouent. L'échec n'est pas un problème à condition que personne n'y échappe.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    christophe chartreux il y a 2 semaines

    "Parce que nous pensons aussi que le latin et le grec doivent continuer à être enseignés en tant que langues, la version et le thème donnant des habitudes d’exactitude et la maîtrise de la phrase complexe, si utiles pour penser" Ah bon? Mais alors: 1- pourquoi l'enseigner seulement en option et donc , de fait, le réserver à quelques-uns? 2- si le latin est utile à la maîtrise du français, pourquoi alors ne pas exiger de le commencer au CP? 3- L'utilité de penser, vous la prônez en option?

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    christophe chartreux il y a 2 semaines

    "convoquer un professeur d’histoire et un professeur d’espagnol pour faire écrire à une classe de 4e une lettre en espagnol à des horticulteurs kényans, ce n’est pas un progrès, c’est de la foutaise" Quel mépris de croire et laisser croire que les EPI pourront se résumer à "ça"! Quel mépris pour les professeurs qui enseignent DÉJÀ sous cette forme. Mais ce monsieur l'ignore. Quant au choix des "horticulteurs kenyans", la pointe de condescendance est intolérable.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Kentoc'h Mervel il y a 6 jours

    Les animations périscolaires de la réforme Peilon se résument dans certaines communes à des cparties de bridge dirigées par des retraités bénévoles, seules personnes que la commune a pu recruter. Et ça, c'est du vécu.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Pr Tournesol il y a 2 semaines

    Merci pour cette tribune qui élève le débat, loin des diatribes des défenseurs de la réforme. Le mal est profond, depuis longtemps le pédagogisme fait des ravages. Curieusement, les changements de majorité politique n'y changent rien. Dans ce cadre l'autonomie des établissements est un leurre. Ce n'est pas pour rien qu'elle est défendue par les "progressistes" comme par la droite dure. L'élève d'un collège des "quartiers" aura un enseignement "adapté" à l'image que l'on se fait de lui.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Kentoc'h Mervel il y a 6 jours

    Ces "progressistes" n'en ont que le nom, la réforme NVB n'aurait pas été désavouée par les idéologues de droite d'avant-guerre : une éducation minimale pour la masse (qu'on nommera aujourd'hui le bac) et des filières d'excellence réservées aux enfants des meilleurs milieux au travers des contournement dé la carte scolaire et des établissements privés. La reproduction sociale, déjà une plaie, définitivement gravée dabns le marbre. Merci le PS !!

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    ouf il y a 2 semaines

    Ouf on ouvre les fenêtres, merci au Monde de rompre la pensée unique du pédagogogisme ambiant !!

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Louise Martin il y a 2 semaines

    Magnifique tribune. Tuer la rationalité est un choix conscient, on ne veut pas former des gens libres capables d'exercer leur esprit critique, on cherche à les endoctriner et les réduire (au mieux) à l'état de chair à multinationales.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    liberal il y a 2 semaines

    c'est.normal l'éducation nationale.est un simple sous-traitant en ressource humaine pour le.compte des entreprises, c'est là une vision réaliste, pragmatique et en accord.avec le.principe de réalité, loin des pesanteurs idéologiques

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Hannibal il y a 2 semaines

    Bravo, M. Albertini. Un peu étonné que vous jugiez utile de vous excuser de penser sur l'enseignement comme M. Finkielkraut : pensez-vous qu'il y ait vraiment un enseignement de gauche ou de droite? Certainement pas. L'apprentissage de l'intelligence n'a pas de connotation politique. Que les politiques s'efforcent de le récupérer est une autre histoire, une triste histoire. Alors b a ba et rien d'autre.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Kentoc'h Mervel il y a 2 semaines

    Il y a un enseignement de droite, c'est celui qui cantonn eles enfants de gueux dans un enseignement au rabais, et c'est excatement ce que cette loi prépare. Cette loi n'ets pas "progressiste" elle est en fait une loi de "droite dure" que n'aurait pas renié les iéologues de droite d'avant guerre quand ils considéraient que les enfants de pauvres avaient pour vocation à travailler aux champs ou en usines, comme leurs parents.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Hannibal il y a 2 semaines

    KM je constate que la loi qui cantonne etc. comme vous dites est une loi pondue par la gauche. Ça vous défrise, vous la dites donc de droite pour vous consoler? Ça ne change rien au fait. En outre il me semble que le pédagogisme, grande source d'inégalité, est plutôt de gauche, non? C'est dans les écoles privées qu'on donne des notes et des devoirs ...


    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/20/critiquer-najat-vallaud-belkacemau-nom-de-l-egalite_4637059_3232.html#ep8GBoAR2YdoZqPx.99

     

    Vos réactions (84)Réagir La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    etienne il y a 2 semaines

    Accepter l'ennui ? C'est une bêtise , contre-productif , par contre donner le goût de l'effort, son envie ,le plaisir de l'effort , apprivoiser l'enfant à cette rationalité là , voilà UN chemin qui a fait ses preuves , qu'il faut développer encore et encore , donc qui dit pédagogie , dit motivation, créativité , ruse de l'enseignant , passion de l'enseignant , donc former et à la limite licencier celles et ceux qui ne sont pas adaptés à la noble tâche de transmettre les connaissances .

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina il y a 2 semaines

    On est passé insidieusement de l"enfant roi" à l'élève roi". Faire croire aux élèves qu'il sera toujours plaisant d'apprendre est pure "foutaise" pour reprendre le mot d'Albertini. Non seulement parce que certaines notions sont arides et que malgré toute sa passion, un prof de physique ou de géographie n'arrivera pas à toujours égayer son cours, mais parce qu'au fil des ans, la part de travail personnel de l'élève se développe. Seul à son bureau, qui n'a pas baillé aux corneilles devant ses liv

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    etienne il y a 2 semaines

    Je compare la situation des élèves de certains quartiers populaires homogènes,issus de l'immigration à mon expérience de la formation d'adultes ouvriers de l'industrie ( au Gabon et en Nouvelle-Calédonie ):il fallait partir d'un niveau très bas de connaissances générales et aller vers un niveau moyen+ (1ère étape ) en électro-mécanique, surmonter cette lacune , motiver et surtout atteindre le résultat nous a fait passer de l'enseignement magistral à 1 formation debout en groupe et expérimentale.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina il y a 2 semaines

    Votre témoignage montre que le problème revient toujours à la même question : comment faire rentrer des élèves multiples dans un collège unique (que je ne remets pas en question). Quel que soit le cas de figure, il y a des sacrifiés. Pour la première fois, le gouvernement choisit clairement de privilégier les "scolairement faibles" ( et non les défavorisés, ce qui est très différent) pour qu'ils se sentent mieux à l'école. Soit. Mais avec quel résultat au final ? et quelles réperc sur l'univ?

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Yann Amar il y a 2 semaines

    Excellente tribune qui résume tout à fait les errements de cette réforme. L'éducation scolaire, partout dans le monde, a pour but de strucurer le raisonnement, d'enseigner la logique, la précision, la rigueur, le sens de l'effort. Longtemps, le latin a joué ce rôle, puis ce furent les maths. Aujourd'hui, c'est le vide, le néant. Pourquoi pas le chinois en effet, langue difficile pour un occidental, qui imposerait ce travail intellectuel qui fait tant défaut à nos écoliers d'aujourd'hui.

    répondre Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina il y a 2 semaines

    Non, aujourd'hui, ça n'est ni le vide, ni le néant. Il suffit d'ouvrir un livre de français, de maths ou de physique niveau lycée pour s'en convaincre, et je trouve que l'étude des textes littéraires est beaucoup plus technique, rigoureuse, et intéressante qu'à mon époque. Seul le latin me semble avoir vraiment baissé). En revanche, les contenus vont s'appauvrir de façon significative avec cette réforme, ne serait-ce que par effet de la diminution des heures de cours.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    Yann Amar il y a 2 semaines

    nina : il ne suffit pas d'avoir quelques cours de qualités, mais éparpillés pour structurer une pensée et donner le sens de l'effort intellectuel. Le latin, puis les maths avaient cette vertu d'une forme d'ascèse sur la durée, une construction sur plusieurs années qui obligeait à s'astreindre à cet effort de structuration. Peu importe en fait la latin, malgré la passion qu ej'ai eu à l'étudier, et pourquoi pas le chinois. Mais le zapping actuel n'aide pas à la construction intellectuelle.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    nina@Yann Amar il y a 2 semaines

    Je ne suis pas enseignante donc je conviens volontiers que mon expérience est limitée à celle de parents d'élèves (du primaire au lycée). Sauf en latin et en allemand (bilangue) où l'apprentissage de la gramm est indigent, les cours sont très bien structurés, explicites et progressifs. Quoi qu'il en soit, la réforme sonne le glas de tout ceci, sans aucun bénéfice en retour pour les décrocheurs, ce qui est mon principal reproche.

    Signaler ce contenu comme inapproprié La réaction aux articles est réservée aux abonnés du Monde.fr
     

    image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.674/img/placeholder/avatar.svg

    etienne il y a 2 semaines

    .....et pourquoi pas l'arabe ?


    votre commentaire
  • Le Monde | 28.05.2015 à 10h12 

    Par Marie-Aleth Grard et Jean-Paul Delahaye

    Une école de la réussite de tous est possible en France, nous l'avons constaté dans nombre d'établissements (écoles et collèges visitées). Or, actuellement notre système scolaire est terriblement inégalitaire. La moitié des décrocheurs ont un père ouvrier, 5 % un père cadre. 54 % des enfants en retard en troisième ont des parents non diplômés, 14 % ont des parents diplômés du supérieur. La France de l’échec scolaire est dans son immense majorité issue des catégories défavorisées. Cela résulte pour partie de l’organisation de notre système scolaire.

    L’intérêt porté aux filières « prestigieuses » et à certaines options (intérêt supérieur on l’aura remarqué à celui suscité par la scandaleuse diminution des fonds sociaux destinés aux élèves pauvres de 2002 à 2012 qui n’a pas suscité la moindre pétition), fait oublier son image inverse : les formations moins « renommées » qui rassemblent les enfants issus pour l’essentiel des catégories populaires. 90 % des enfants d’enseignants entrés en sixième en 1995 ont obtenu le bac environ sept années plus tard, contre 40,7 % des enfants d’ouvriers non-qualifiés. Si l’on observe uniquement le type de bac obtenu par catégorie sociale, les écarts sont tout aussi grands. Parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac en 2012, 31 % l’ont eu dans une filière générale, 23 % dans une filière technologique et 46 % dans une filière professionnelle. Chez les enfants de cadres supérieurs, les trois quarts ont eu un bac général, 14 % technologique et 10 % professionnel. On compte 17 % d’enfants dont le père est ouvrier dans la filière scientifique, contre 40 % en filière tertiaire et 51 % en bac professionnel. Dans les filières pour les élèves les plus en difficulté au collège, les sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa), on trouve 84 % d’enfants issus des milieux populaires (ouvriers, employés, sans profession) et moins de 2 % d’enfants de cadres et d’enseignants. Cette situation est insupportable.

    Si, en dépit des réformes conduites, les inégalités sociales pèsent encore autant sur le destin scolaire de la jeunesse de notre pays, c’est que l’échec scolaire des plus pauvres n’est pas un accident. Il est inhérent à un système qui a globalement conservé la structure et l’organisation adaptées à la mission qui lui a été assignée à l’origine : trier et sélectionner.
    La méritocratie a une face claire pour ceux qui réussissent et une face sombre pour tous les autres.

    On ne démocratisera pas la réussite scolaire en continuant à considérer que les enfants de milieu populaire sont victimes d’un « handicap social » et devraient par conséquent être traités à part. Cette séparation existe d’ores et déjà, les chiffres que nous venons de citer le montre. Répartir de façon inégale au collège, c’est-à-dire pendant la scolarité commune, les options ou les parcours particuliers qui n’ont pas pour objectif premier de préparer à des études ultérieures mais plutôt de séparer les élèves les uns des autres, ne permet pas de faire du « commun ». Dans le cadre de la scolarité obligatoire, il faut renoncer à la concurrence sans fin des options ou des formations qui conduit à l’impasse pour les enfants des pauvres.

    Remarquons d’ailleurs qu’on ne songe à implanter des formations « nobles » comme les sections européennes ou les classes bilangues que lorsqu’il s’agit de faire venir ou de retenir dans un établissement des élèves issus de milieux plus favorisés. Un peu comme si les pauvres n’étaient pas dignes eux-mêmes de se voir proposer spontanément et naturellement ces enseignements. La réforme du collège en cours qui vise à offrir ces enseignements à tous les élèves va donc dans la bonne direction. Tous les élèves, quels qu’ils soient, pourront faire du latin et commencer une deuxième langue vivante dès la 5e. Où est la régression ? Qui peut penser qu’élever le niveau d’ensemble de toute la population scolaire conduit à la « médiocrité » et au « nivellement par le bas » ? Ou alors, mais on ne veut pas y croire, cela voudrait dire qu’une partie de la population considère que donner le meilleur à tous et que scolariser tous les enfants ensemble pendant le temps de la scolarité obligatoire, serait tomber dans la « médiocrité » ou provoquer le « nivellement par le bas » ? Les pauvres seraient à ces points infréquentables ?

    Au fond, le collège actuel porte encore les traces du passé d’un second degré général malthusien qui a eu beaucoup de difficultés à accepter d’accueillir les enfants du peuple et qui est loin d’avoir achevé sa démocratisation. Le collège unique est bien au cœur de la problématique de la démocratisation de la réussite scolaire. Comme au début de la IIIe République, il existe encore aujourd’hui des partisans du collège comme « digue » (il ne faut pas tout niveler sous prétexte de démocratiser) et des défenseurs du collège comme « vague » (pour répandre l’instruction et la culture). D’une certaine façon, les débats d’aujourd’hui sur le collège unique sont en partie ceux ressassés depuis les tout débuts de la démocratisation scolaire.

    Certains considèrent que l’objectif du collège unique était mauvais en lui-même, voire démagogique, et donc inapplicable. Il faudrait donc revenir à la séparation des élèves, réinstaller un concours d’entrée en sixième, et organiser des « filières courtes » (évidemment pas pour les propres enfants des concepteurs de ces « programmes », mais pour les enfants des autres). Un programme de Restauration d’un ordre ancien en quelque sorte qui fermerait une parenthèse de tentative de démocratisation. Mais quelle société préparons-nous si nous ne parvenons pas à faire vivre et apprendre ensemble, au moins pendant le temps de la scolarité obligatoire, dans des établissements hétérogènes, toute la jeunesse d’un pays dans sa diversité ? On se paye de mots avec le « vivre ensemble » si on ne travaille pas au « scolariser ensemble ».

    Nous pensons au contraire que les difficultés du collège unique proviennent ce qu’on n’a pas assumé la logique de la réforme de 1975 jusqu‘au bout en ne donnant pas au collège un contenant et un contenu spécifiques au rôle qui est le sien : achever la scolarité obligatoire dans de bonnes conditions pour tous les élèves et préparer, de façon différenciée, les élèves à toutes les formations ultérieures d’égale dignité.

    Si l’on veut mettre réellement en application le principe affirmé dans la loi de 2013 d’une école inclusive, car tous les élèves sont capables d’apprendre, alors toute la scolarité obligatoire doit être conçue comme à la fois exigeante et bienveillante pour tous les élèves, gratuite dans son offre, avec une part significative d’enseignement collectif en classes hétérogènes. L’école qui s’adresse aux enfants des pauvres ne peut être une pauvre école, organisée à part et avec peu d’ambition. Et ce qui est bon pour tous les élèves le sera aussi pour les enfants des milieux populaires et ne nuira pas aux autres.

    Quand on sait en outre que les inégalités actuelles freinent la croissance, on voit que l’intérêt bien compris de notre pays rejoint l’idéal d’une école plus juste.

    Le refus du scenario de séparation impose à l’école de travailler à l’amélioration de son fonctionnement et à la collectivité nationale de soutenir son école dans cette évolution. C’est le choix de la solidarité pour la réussite de tous.

    Marie-Aleth Grard, rapporteure de l’avis du CESE, « Une école de la réussite pour tous », mai 2015 et Jean-Paul Delahaye, auteur du rapport à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, « Grande pauvreté et réussite scolaire, le choix de la solidarité pour la réussite de tous », mai 2015


    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/28/une-ecole-pensee-pour-la-reussite-de-tous-les-enfants_4642149_3232.html#XA3BDzWC5wMwBCPL.99


    votre commentaire
  • Un collège sur deux a des classes de niveau

    MARIE PIQUEMAL 28 MAI 2015 À 19:15

    Un collège.Un collège. (Photo Frank Perry. AFP)

    AU RAPPORT

    Une étude dresse un constat précis de l'état de la mixité sociale et scolaire des collèges et lycées. Les résultats sont inquiétants.

    Quel est l’état de la mixité sociale et scolaire au collège et au lycée ? Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), une instance indépendante chargée d’évaluer les politiques éducatives, dresse un état des lieux précis de la ségrégation entre les établissements. Et à l’intérieur même des classes.

     

    Cette étude, lancée il y a plus d’un an, tombe pile poil dans l’actualité. Les attentats de janvier ont reposé avec acuité le défi du vivre ensemble, et le rôle fondamental de l’école. Plus récemment, la réforme du collège a fait ressurgir, via la polémique sur le latin et les classes bilangues, la question de l’élitisme et des classes de niveau.

    Deux jeunes chercheurs, Son Thierry Ly et Arnaud Riegert, rattachés à l’école d’économie de Paris, ont passé à la moulinette Excel deux indicateurs : l’origine sociale de toute une génération d’élèves entrés en sixième (c’est-à-dire la catégorie sociale professionnelle, CSP, des parents) et leurs résultats au brevet quatre ans après, seul indicateur permettant d’avoir une idée de leur niveau scolaire.

    LA SÉGRÉGATION SOCIALE ENTRE LES ÉTABLISSEMENTS EXISTE, SURTOUT DANS LES GRANDES VILLES

    Dans un monde où la mixité sociale serait parfaite, chaque élève aurait dans son établissement 22% de camarades venant de familles aisées. Dans les faits, on en est loin. Les élèves de CSP + (parents cadres, profs, chefs d’entreprise, etc.) comptent en moyenne dans leur établissement près de deux fois plus d’élèves venant comme eux d’origine aisée que d’élèves de classes moyennes ou populaires.

    Si on regarde un peu plus dans le détail, on trouve, sans grande surprise, «des collèges ghettos», aux deux extrémités : certains regroupant des enfants très favorisés, et d’autres, très défavorisés. Statistiquement parlant, ça donne : «5% des élèves de troisième ont plus de 60% d’élèves CSP + dans leur cohorte». Et 10% ont dans leur collège 63% d’élèves venant de milieu défavorisés (ouvriers, inactifs, etc)  alors qu’ils ne représentent en tout que 37% des élèves.

    La ségrégation entre établissements varie d’un département à l’autre, et les écarts peuvent être importants. Grosso modo, dans les départements ruraux, où les collèges sont à plusieurs kilomètres l’un de l’autre, les «stratégies d’évitement» sont moins évidentes, et donc les établissements ont tendance à être plus mixtes. La ségrégation sociale est bien plus prononcée dans les grandes villes, avec des collèges recherchés et d’autres fuis par les familles. Autre enseignement, cette ségrégation double au lycée. 

    DES CLASSES DE NIVEAU DANS LA MOITIÉ DES COLLÈGES, AUSSI BIEN EN VILLE QU’EN CAMPAGNE

    On s’intéresse là à la mixité à l’intérieur même des établissements, entre les classes, en regardant non pas l’origine sociale des enfants mais plutôt leur niveau scolaire. Peu de données statistiques existaient sur ce point. Les précédents travaux remontaient à la fin des années 90, conduits par la sociologue Marie Duru-Bellat. Interrogée récemment par Libération, elle rappelait qu’à l’époque, environ un établissement sur deux comptait des classes de niveau. Et que ses travaux avaient donné lieu à l’époque à une circulaire du ministère rappelant aux chefs d’établissement que constituer ainsi des classes en fonction du niveau scolaire des élèves était proscrit, car allant à l’encontre de la grande idée du collège unique.

    Quinze ans après, rien ne semble avoir changé : l’étude présentée ce jeudi révèle qu’un collège sur deux a des classes de niveau, des classes de «bons» élèves et/ou de «mauvais». «Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, c’est aussi vrai dans les Hauts-de-Seine qu’au fin fond de la Lozère. Cela semble universel comme pratique», commente Arnaud Riegert, l’un des auteurs de l’étude.

    Autre enseignement, qui pourrait alimenter le débat sur la réforme du collège : «Les classes bilangues (deux langues dès la sixième) et le latin ne sont qu’un facteur d’explication parmi d’autres de la ségrégation entre les classes.» C’est malgré tout un facteur important : «en Ile-de-France, par exemple, 60% des collèges qui pratiquent les classes de niveau le font par le jeu des options», expose Son Thierry Ly. «Cela veut aussi dire que pour les 40% restants, la raison est autre…»

    La sociologue Nathalie Mons, présidente du Cnesco, ajoute : «Ce débat sur le rôle des options est surtout médiatique. Au sein même de la communauté éducative, on sait très bien que ce n’est pas en supprimant telle ou telle option qu’on améliorera la mixité. Les chefs d’établissement, et les parents, trouveront toujours des moyens de créer des classes de niveau.» L’enjeu, martèle-t-elle, c’est d’arriver à faire prendre conscience à tous des bienfaits de la mixité. «Tous les parents, même de milieu favorisé, ont intérêt à ce que leur enfant soit dans des classes mixtes. Comment voulez-vous sinon qu’il s’adapte plus tard en entreprise, et dans la société, s’il n’a côtoyé que des élèves de milieu aisé ?»

     
    42 COMMENTAIRES 
     
    SOLOVKI 30 MAI 2015 À 14:0 

    Il n'y a strictement pas le moindre rapport entre mixité sociale et classes de niveau. Ce serait confondre corrélation et causalité. 

     
    ANDALOU 30 MAI 2015 À 13:30 

    Avec 150 000 gamins qui sortent sans diplôme de l E.N. après avoir passé 14 ans sur ses bancs. Il ne me parait pas déraisonnable de penser que tout le monde n avance pas à la même vitesse et que des classes à deux vitesses soient nécessaires. 

     
    SCHIACCIAGHIACCIO 29 MAI 2015 À 21:52 

    « Notre objectif essentiel est l’égalité. Ainsi baissera d’abord le niveau d’instruction, de connaissances et de dispositions naturelles — nous n’avons pas besoin de dons exceptionnels. (… ) La culture n’est pas nécessaire, c’est l’obéissance qui doit s’imposer d’abord. Toute recherche de culture est déjà une tendance aristocratique ; nous lui tordrons le cou. (...) Nous tuerons le génie dans tout enfant. Nous ramènerons tout au même dénominateur : obéissance absolue, manque absolu de personnalité. » Verkhovensky dans Les Possédés, de Dostoïevski

     
    DANJOU 30 MAI 2015 À 12:30 

    @SchiacciaGhiaccio Qui prône l'obéissance actuellement?

     
     
    SOLOVKI 30 MAI 2015 À 14:13 

    @danjou @SchiacciaGhiaccio 

    Le totalitarisme "sympa".

     
    FRANCE_LIBRE 29 MAI 2015 À 13:40 

    "Comment voulez-vous sinon qu’il s’adapte plus tard en entreprise, et dans la société, s’il n’a côtoyé que des élèves de milieu aisé ?"

    LOL

    Avec 15% de chômage depuis 30 ans, une immigration à autant... la ségrégation est imposée par les immigrés eux-mêmes... eux qui sont importés sur les ordres des gros patrons.

     
    ARPHADAX30 29 MAI 2015 À 12:56 

    Ce raisonnement dominant m’écœure.

    Les racailles entre elles et mon petit chéri avec pleins de petits chéris. Et un jour dans sa belle bagnole, mon petit chéri se fait refaire le portrait par des racailles. Vous ne voyez pas le rapport? La réussite individuelle n'est profitable sur le long terme qu'avec la réussite collective. Nous vivons dans une société, bordel ! Un petit peu moins de réussite scolaire et individuelle en échange d'une réussite sociale et collective... ça vous parle?

     
    PHILOINHAN 30 MAI 2015 À 2:41 

    @arphadax30

    Qualifier d'un "petit chéri" méprisant les élèves qui veulent simplement apprendre quelque chose : vous avez trop fréquenté les "racailles", et souffrez du syndrome de Stockholm. 

     
    STEFANE75 30 MAI 2015 À 11:20 

    @arphadax30 Ben non, il n'y a pas de rapport, à moins de considérer que les Pauvres relèvent de "classes dangereuses"...

    Ce n'est pas parce qu'ils sont dans des collèges "ghettos" qu'ils n'ont pas exactement les mêmes moyens que les autres de s'élever par le travail et l'effort

    A moins de croire que si on mettait des "petits chéris" dans les classes de racailles, toutes les "racailles" deviendraient immédiatement attentifs, polis, bien élevés et travailleurs... 

     
    KHANTHAS 29 MAI 2015 À 10:46 

    On critique les collèges qui fonctionnent bien justement parce qu'ils fonctionnent bien.

    On n'ose pas voir pourquoi d'autres ne réussissent pas.

    On donne un nom pour expliquer : " C'est la Ségrégation ! ".

    C'est marrant !

     
     
    ABALOLIGARCHIE 29 MAI 2015 À 2:57 

    Classes et éducation:

    Les enseignants sont également des parents. Il n'est donc pas étonnant de voir l'élitisme imposé comme modèle dans les cursus scolaires. Quand on connait le filon (parent et dans le mêlme temps enseignant) on l'utilise. Mais ce système a une faille : l'élitisme de classe fini par prendre en son sein les descendants du corps enseignant (avec l'idée de le cantonner par la suite)

     

    Autre faille: l’élitisme crée des laissés pour compte: les fils d'ouvriers, d'employés, de chômeurs....

    En bref: l'élitisme est le cancer de la société. Des talents non issus de l’inné (pour peu que l'inné existe) restent lettres mortes aux yeux de notre société.

     

    SCHIACCIAGHIACCIO 29 MAI 2015 À 19:8 

    @abaloligarchie

    L'accueil des nouvelles populations est de fait l'objectif unique de l'ÉN. Toute réforme est faite pour apprivoiser des gens dont les parents souvent illettrés et aux diplômes inexistants, ne montrent aucun intérêt pour l'école : on a donc une baisse des exigences constante de réforme en réforme.

    La conséquence est qu'un très bon système scolaire, le système français, est devenu dans son ensemble très moyen. Les bons établissements où l'on travaille normalement existent toujours mais comme par hasard ce ne sont pas ceux où les élèves subissent la loi des mecs, l'intégrisme, le r@cisme et l'intolérance.

    Bien sûr, le privé se frotte les mains puisque un cinquième des élèves du secondaire y sont maintenant. Chiffre à rapprocher d'un collégien sur 4 en ZEP. Merci le PS !

     
     
    BEAUGEOTTE 30 MAI 2015 À 0:37 
     

    @SchiacciaGhiaccio @abaloligarchie

    Comme si le PS,en 3 ans était la cause  des suppressions de postes,de razeds,etc,,,et de la politique de droite depuis des années,,,

    Merci la droite devriez vous dire,,,

    Regardez le taux de décrochage au collége,chez vous,,,,en Italie,,,

    Topolino!

     

     
    TITUS007 29 MAI 2015 À 2:12 

    Le discours prônant la mixité sociale, en particulier celui de Nathalie Mons, me semble bien angélique au regard de la réalité des inégalités sociales et culturelles.. Bien-sûr que non, les bons élèves n'ont aucun intérêt à être mélangés avec des mauvais ! Ils avancent moins vite, évoluent dans un contexte de moindre stimulation intellectuelle et souvent dans des classes difficiles par leur comportement. C'est de la démagogie pure et simple que de prétendre que la mixité sociale profite aussi aux milieux favorisés. Ces derniers, majoritairement, n'en veulent pas et développent à juste titre des stratégies d'évitement. Du reste, depuis quand à-t-on constaté que l'absence de mixité sociale dans les études nuisait à l'insertion professionnelle ? Comme si l'entreprise était un modèle de mixité sociale ! Le monde du travail est un modèle de hiérarchie rigide régie par le diplôme et l'origine sociale. Les cadres fréquentent les cadres et commandent les employés qui fréquentent les employés et ignorent les ouvriers qui se fréquentent entre eux. Les gens issus des milieux favorisés bénéficient du système, occupent les meilleurs postes et ont les meilleurs salaires, merci pour eux. Leur vendre la mixité sociale revient à vendre le socialisme à un actionnaire de fonds de pension.

    Dernière chose, et c'est mon expérience d'instit qui me le prouve tous les jours : les pauvres, les enfants issus de milieux socialement et culturellement défavorisés profitent très peu de la mixité sociale. Au contraire, ils pâtissent d'un enseignement qui doit prendre en compte le niveau moyen des élèves et qui ne peut les tirer vers le haut, faute de temps. Pour "sauver" ces élèves il faut du temps, un travail quasi individualisé permanent, de très petits groupes. Bref, des classes de niveau à très faible effectif qui permettront aux enseignants de consacrer à ces élèves le temps qu'ils ne peuvent pas leur consacrer quand ces élèves très faibles sont noyés dans la masse de classes hétérogènes avec des moyens et des très bons.

     
     
    MOKOUCH 29 MAI 2015 À 2:6 

    La dernière phrase de Mme Piquemal me laisse perplexe, dans quel rapport est il prouvé que des enfants ayant côtoyés que des gens de milieu aisé auraient plus de mal à s'adapter dans une entreprise ?

    le nombre de parents qui préfèreraient mettre leur enfant dans une classe de niveau moyen plutôt que dans une d'un niveau meilleur, me semble assez restreint, et ce n'est certainement pas avec les arguments de cette sorte qu'elle va les convaincre.

    Si un enfant a, par exemple, des capacités sportives plus élevées que la moyenne, quel est le parent qui ne va pas chercher à ce qu'il améliore ses scores par un entrainement adapté, même démarche pour des aptitudes musicales ou artistiques

    Alors pourquoi refuser à un enfant, dont les capacités d'apprentissages sont meilleurs que ceux de la moyenne, la possibilité d'apprendre plus et plus vite ? Au nom de la sacro sainte égalité? Mais l'égalité un voeu pieux, cela n'existe pas, ni dans la nature, ni dans l'espèce humaine. 

    Donner sa chance à chacun oui, mais à un rythme adapté à la capacité de chacun.

     
     
    VASSILISA 30 MAI 2015 À 11:47 

    @mokouch En effet, dans le sport on accepte les différences et on sélectionne à tout va.; Un passionné de sport mais de niveau moyen retsera toute sa vie dans un club moyen.

    Pour les capacités intellectuelles, la capacité à rester concentré, à travailler des heures sur une chaise au lieu de s'amuser, c'est pareil.

    On ferait mieux d'aider les élèves les plus faibles à progresser et à valoriser d'autres compétences que les compétences scolaires (manuelles, artistiques)
    au lieu de chercher à mener tout le groupe au même niveau 

     
    STIRNER 29 MAI 2015 À 1:47 

    Le meilleur des mondes : "Dans un monde où la mixité sociale serait parfaite..."

     
     
    MEGACHOUETTE 29 MAI 2015 À 1:43 

    Trois constats:

    - la mixité sociale ne peut pas être dictée et visiblement ne fonctionne pas. les parents feront ce qu'ils pensent être mieux pour leurs enfants et à l'occurrence peu de gens se plient aux désirs idéologiques des politiques et des experts. Il serait peut-être temps d'en prendre acte plutôt que d'imposer à tout prix une mixité dont les gens ne veulent pas.

    - la mixité des niveau - à ne pas confondre avec les cas susmentionné - n'est ni désirable ni efficace comme le prouve les pratiques des enseignants ainsi que les demandes des parents. En effet il n'est pas évident quel serait le bénéfice pour l'enfant "bon" à être mis dans une classe faible.

    - troisièmement: dans le discours politique de gauche on essaye de vendre les classes bilangues comme un vecteur d'élitisme compris comme un élitisme social. Patatras les faits montrent que ce n'es le cas. La majorité de ces classes sont constituées d'élèves qui choisissent ces options.

     

    Ces constats montrent que l'approche de la gauche ne marche pas dans les faits, ne convainc pas les gens et finalement nivelle tout le monde par le bas. cherchez l'erreur.

     
     
    SHERRYONE 29 MAI 2015 À 1:0 

    Pitoyable ces commentaires qui prônent l'élitisme. Vous n'aurez de l'excellence que le jour où la France aura enfin compris que la mixité est une chance et un moyen de réussite. Toutes les études le démontrent. Il n'y a qu'en France où cet élitisme est pratiqué. Pour quels résultats ? On est partout en queue de peloton !

     
     
    PAS_PAS 29 MAI 2015 À 1:4 

    @sherryone Ils se basent sur leur envie de dire que c'est ainsi, la preuve ils ont tjr raison même quand les faits leur indique le contraire...

     
     
    TITUS007 29 MAI 2015 À 2:1 

    Ah les études qui démontrent ! J'adore. Il y a toujours des études qui démontrent tout et son contraire et même si elles n'existent pas il suffit de les mentionner pour qu'elles se mettent à exister. La réalité c'est que les facteurs de réussite sont extrêmement divers et parfois contradictoires. Les pays du nord de l'Europe réussissent en notant peu et en étant bienveillants avec leurs élèves. Les pays asiatiques réussissent en notant beaucoup et en menant leurs élèves à la schlague. Alors isoler l'impact de la mixité sociale sur les performances d'un système éducatif, là je dis chapeau !

    Petit cas pratique : organisez une randonnée. Dans un groupe 20 bon marcheurs, jeunes, en forme. Dans un autre, 10 bon marcheurs et 10 mauvais marcheurs, des vieux, des pas en forme, des qui ont mal aux genoux... Et dans un troisième groupe que des mauvais marcheurs.

    À votre avis, quel groupe va le plus s'éclater ? Quel groupe va le plus ou le moins générer de frustration ?

    Ma réponse : le groupe fort homogène va s'éclater, sans ressentir de frustration. Le groupe faible va s'amuser aussi, en faisant moins de choses que le groupe 1 mais sans ressentir de pression excessive. Et le groupe 2, très hétérogène, va mécontenter et frustrer tout le monde, faibles comme forts.

     
    SCHIACCIAGHIACCIO 29 MAI 2015 À 19:7 

    @sherryone "Vous n'aurez de l'excellence que le jour où la France aura enfin compris que la mixité est une chance et un moyen de réussite."

    L'école est mixte depuis longtemps en France. Où voyez-vous des écoles avec garçons et filles séparés ?

     
     
    BRUNOO 29 MAI 2015 À 0:55 

    L'article, l'étude et le débat politique font une confusion préoccupante entre mixité sociale et mixité par niveau. La première est en effet une forme de ségrégation sociale, inacceptable. La deuxième est du bon sens : comme dit dans de nombreux commentaires, quand on fait cours à 30 élèves, il vaut mieux qu'il n'y ait pas trop de disparité de niveau, sinon les meilleurs s'ennuient et les moins bons décrochent. 

     
    JBL92 29 MAI 2015 À 0:23 

    Regrouper les bons avec les mauvais n'a aucun interêt, ni pour les bons ni même pour les mauvais, et en outre çà gêne tout le monde. Bref aucun avantage et que des problèmes...presque tout le monde est d'accord sur çà. j'avoue ne jamais avoir compris les arguments du camps adverse sur d’éventuels bénéfices à la mixité.

     
     
    SHERRYONE 29 MAI 2015 À 0:54 

    Faux ! De nombreuses études ont démontré que la mixité était un moyen de tirer l'ensemble des élèves vers le haut et non l'inverse par un phénomène d'émulation. Renseignez-vous. Regardez les résultats de la non-mixité, elle vous apporte la preuve que votre raisonnement est mauvais. On chute dans tous les palmarès et on est pourtant champion des inégalités. Expliquez-moi ça

     
     
    MENEZ 29 MAI 2015 À 1:1 

    @sherryone Je m'interroge sur ces comparaisons, dans la mesure où on n'a jamais toutes les données. Par exemple, cette hétérogénéité que l'on trouve ailleurs et qui donne des résultats positifs, fonctionne-t-elle sur les mêmes bases que ce qui se pratique chez nous (parce que des classes hétérogènes, il y en a tout de même quelques unes) ? Par exemple, y a-t-il une différence dans le nombre d'élèves par classe ? Parce q'une classe avec 15 élèves ou 35, ce sera différent.

     
     
    PAS_PAS 29 MAI 2015 À 1:2 

    @sherryone Que voulez-vous Sherryone, ils affirmeraient que la terre est plate si cela était nécessaire. Le droiteux comme son chef omni menteur est prêt à tout, invantant et mentant sans vergogne!

     
    MOKOUCH 29 MAI 2015 À 1:40 

    @pas_pas @sherryone

    Au niveau du mensonge il a un concurrent et sévère en plus

     
    VASSILISA 29 MAI 2015 À 1:19 

    @sherryone La mixité va tirer en moyenne l'ensemble de la classe un peu vers le haut mais ne tirera pas tous les élèves, notamment ne tirera pas du tout ceux qui se débrouillent bien. La facilité, l'absence de challenge peut d'ailleurs être source de décrochage chez des doués.

    Il faut absolument faire progresser tous les élèves mais ne sacrifions pas  les bons au prétexte qu'ils ont des facilités... le niveau baisse aussi parce qu'ils pourraient.

     
    ROGERXII 29 MAI 2015 À 2:16 

    @Vassilisa les bons élèves, souvent issus des classes aisés compensent avec les cours particuliers...

     
     
    VASSILISA 29 MAI 2015 À 11:11 

    @rogerII @Vassilisa Ca encore c'est un fantasme. Les bons élèves n'ont pas besoin de cours particuliers, au mieux quelques bouquins d'exos corrigés pour s'entrainer. 

    Quant aux élèves à fort potentiel, on gâche ce potentiel en ne leur demandant pas autant que ce qu'ils pourraient fournir... ils sont sacrifiés au nom de l'égalité.

    Certains décrochent et glandent, d'autres s'investissent dans l'extra-scolaire (musique, clubs de science, échecs...)

     
     
    MEGACHOUETTE 29 MAI 2015 À 1:49 

    @sherryone  désolé sherrystone, vos propos ne tiennent pas la route. Les bons élèves ne sont jamais tirés vers le haut par la mixité avec les mauvais. les bons sont tirés vers le haut lorsque l'enseignant peut se permettre de pousser les élèves d'avantage car ils suivent. ce que les profs ne peuvent pas faire dans une classe à niveau mixte. car s'ils le faisaient, les mauvais suivraient encore moins. 

     
    ROGERXII 29 MAI 2015 À 2:17 

    @megachouette le mauvais élève est un loup pour le bon élève. Votre pensée est magnifique

     
     
    VASSILISA 28 MAI 2015 À 23:13 

    Il est bien plus facile et bien plus efficace de faire cours à une classe relativement homogène, ceci explique les classes de niveau.

    Si la majorité d'une classe a besoin de rappels sur certains chapitres, on les fera plus facilement que s'il s'agit d'un ou deux élèves seulement. Bilan, c'est plus profitable pour l'élève d'avoir pu en bénéficier.

    Dans les établissements publics soumis à la carte scolaire, c'est bien le lieu d'habitation qui détermine le collège fréquenté. On comprend que tous les gamins de HLM se retrouvent dans le collège à côté.

     
     
    SHERRYONE 29 MAI 2015 À 0:56 

    Regardez où mène votre raisonnement ! Nous avons le système le plus élitiste et sommes les derniers dans tous.les palmarès internationaux. Expliquez-nous pourquoi ?

     
     
    VASSILISA 29 MAI 2015 À 1:27 

    @sherryone Le système français, élitiste? En quoi? Au primaire, au collège?

     
     
    ROGERXII 29 MAI 2015 À 2:19 

    @sherryone  ça sert à rien de lui répondre.

     
     
    SONDAGE 28 MAI 2015 À 22:3 

    et si c’était simplement un problème lié a la culture des gens qui pratiquent des cérémonies moyenâgeuse ?

     
     
    PACHIDERME 28 MAI 2015 À 21:46 

    Méchants établissements qui font de l'élitisme !

    Ca devient ridicule cette affiliation au ministère franchement...

     
     
    JMOR13 28 MAI 2015 À 23:6 

    @pachiderme

    Méchants établissements dont le niveau est nul par manque de travail et un gout immodéré du désordre des élèves.

     
     

    votre commentaire
  • VÉRONIQUE SOULÉ 9 SEPTEMBRE 2014 À 19:36 (MIS À JOUR : 12 SEPTEMBRE 2014 À 11:46)

    Manifestation des étudiants de l'association «Touche pas à ma bourse, je la mérite», ce mardi devant l'Assemblée nationale.Manifestation des étudiants de l'association «Touche pas à ma bourse, je la mérite», ce mardi devant l'Assemblée nationale. (Photo Lionel Charrier. Myop)

    INTERVIEW 

    François Dubet, sociologue, ne regrette que «modérément» la suppression des bourses au mérite et y voit «une vraie opposition gauche-droite».

     

    Le sociologue François Dubet analyse pour Libération la décision du gouvernement de supprimer les bourses au mérite.

    SUR LE MÊME SUJET
    • INTERVIEW

      «Un nivellement de la société par le bas» 

      Par Nathalie Raulin
    • TÉMOIGNAGES

      Bourse au mérite : «C’est la moitié de mon budget qui s’envole» 

      Par Elise Godeau
    • RÉCIT

      La prime au mérite victime de l’égalité

      Par Véronique Soulé
    Que pensez-vous de ces bourses ?

    Dès lors qu’elles sont indexées sur la situation sociale, les résultats scolaires et l’assiduité, c’est plutôt une bonne chose. Le mérite est une valeur incontestable, il faut le récompenser. Il y avait auparavant un très bon dispositif avec les instituts baptisés Ipes, où de bons élèves de milieu modeste s’engageaient à être enseignants et recevaient une allocation.

    Vous regrettez leur suppression ?

    Modérément. La gauche a voulu élargir l’accès de tous à l’université. Son choix a aussi été un peu contraint par les ressources. Mais il faudrait s’interroger : on donne des bourses aux étudiants - ce qui est moralement bien - mais sans s’assurer que l’université a les moyens de les accueillir et de les faire réussir. De plus, la France distribue beaucoup de bourses mais elles sont extrêmement faibles. De ce fait, cela ne les aide pas véritablement. Dans un budget étudiant, les quelque cent euros par mois en plus sont rarement décisifs. Il faudrait être un peu plus courageux et mieux cibler en fonction des revenus. Dans les comparaisons internationales, la France distribue beaucoup, mais cela ne fait pas la différence, car la qualité de l’accueil à l’université ne suit pas.

    Existe-t-il une conception de droite du mérite et une de gauche ?

    C’est une valeur transversale à la droite et à la gauche. Si vous touchez aux prépas par exemple, vous verrez que la défense ne vient pas que de la droite. La gauche aussi est méritocratique.

    Mais la construction d’un système qui ne reposerait que sur le mérite est une pensée de droite - on va aider ceux qui méritent de l’être, distinguer les bons pauvres des mauvais, les bons chômeurs des mauvais, les bons élèves des mauvais, comme si le fait d’être bon ou pas relevait exclusivement d’une décision personnelle. C’est le cas, mais en partie. Le fait que je décide ou non de travailler signifie aussi que j’ai pu bénéficier de conditions meilleures. Quand on regarde les héros du bac - les enfants de familles immigrées qui ont 21 de moyenne -, ils ont eu la chance d’avoir des familles unies et solides. Passer à l’idée que la reconnaissance du mérite fonde une politique sociale est un thème de droite.

    Ici il y a une vraie opposition gauche-droite. Car si on n’aide que les méritants, la tendance est de laisser tomber les autres et, au fond, de les culpabiliser - ils n’avaient qu’à avoir du mérite… Or en général ceux qui en ont le plus, ceux qui réussissent le mieux dans l’absolu sont les plus favorisés. Sous prétexte de méritocratie, on aboutit à un système darwinien : on défend les meilleurs mais on fait l’impasse sur le fait qu’ils sont globalement issus de milieux favorisés. Et cela devient injuste.

    L’école républicaine est bien méritocratique ?

    Elle l’a toujours été dans la mesure où elle proclame : si un élève de milieu modeste manifeste des talents très particuliers, la nation ne doit pas s’en priver et elle va l’aider. C’est même une valeur fondamentale de notre école.

    Mais le modèle méritocratique est devenu le modèle scolaire. On est passé à l’idée que le système devait être construit pour dégager le mérite des meilleurs. Je ne suis pas scandalisé par le fait qu’il y ait des élites. Ce que l’on peut reprocher à notre école est que ce système d’extraction des élites commande tout. Par exemple, il est très difficile de mettre en place le «socle commun» [liste de connaissances et de compétences que l’élève doit maîtriser en fin de scolarité, critiqué par certains comme un savoir minimum, ndlr], car on est persuadé que l’enseignement au collège doit permettre aux meilleurs d’accéder aux «bonnes» écoles. Donc tout le monde va avoir des programmes destinés à distinguer une élite, avec l’obsession du classement et des filières. Ce que l’on peut reprocher à l’élitisme, c’est que la totalité du système est faite pour produire des élites.

    C’est un système qui en laisse au bord de la route ?

    Sous prétexte de dégager une élite, on traite mal ceux qui n’y appartiennent pas. Un exemple : l’ex-ministre Vincent Peillon voulait rapprocher le collège de l’école élémentaire. La réponse a été immédiate : vous allez baisser le niveau, sacrifier les élites, mieux vaut accepter le «massacre des innocents» en sixième… Or tous les sociologues savent que l’élite scolaire reflète les inégalités sociales.

    Ceci explique que les enfants d’origine modeste qui réussissent soient chez nous si valorisés. Ils sont la démonstration de la vertu du système. Chaque fois que l’un d’eux entre dans une grande école, même si c’est 1 pour 1 000, on entend «vous voyez, ça prouve que le système peut être juste». La pensée de gauche consisterait à dire «oui bien sûr, mais le problème reste les 999 qui ne vont pas y entrer».

    A-t-on eu une politique de gauche de ce point de vue ?

    Le grand débat sur la refondation de l’école a été lancé sur ces bases-là : élargir le temps scolaire pour les enfants de catégories modestes, rapprocher le collège du primaire pour éviter les ruptures… Force est de constater que la société française - enfin celle qui s’exprime, les classes moyennes fortement scolarisées - n’a pas manifesté un enthousiasme débordant, pas plus que le monde enseignant. L’intégration des prépas dans les universités s’est heurtée à une fin de non-recevoir immédiate. Ce système élitiste est tellement favorable à une partie de la société qu’elle a bien du mal à l’abandonner.

    Le mérite est-il français ?

    Non. Tout le monde est méritocratique. Dans une société démocratique affirmant l’égalité de tous les individus, le mérite est une valeur incontestable. Vous ne pouvez fonder des hiérarchies sociales justes que sur les mérites des individus - pour occuper une position sociale, il est plus juste que cela dépende du mérite que de la naissance. Le problème est lorsque vous hypertrophiez ce principe. Vous entrez alors dans un système brutal et injuste. Certes, il faut dégager de bons élèves, mais cela ne nous dispense pas de nous occuper presque prioritairement de ceux qui ne le sont pas. Il faut compenser le mérite par l’idée qu’on a des devoirs envers ceux qui n’en ont pas. Et ici il y a un vrai clivage idéologique.

    Recueilli par Véronique Soulé

    votre commentaire
  • L’institution d’un « socle commun de connaissances et de compétences » comme objectif de la période de scolarité obligatoire restera peut-être le point le plus positif (ou le moins négatif ?) de la politique éducative menée durant dix années par la droite. Non que ceux qui l’ont inscrit dans la loi aient été convaincus de son intérêt : les déclarations aveuglément idéologiques des François Fillon, Nicolas Sarkozy ou Luc Chatel contre le « pédagogisme » et le « refus de l’effort » qui seraient la source de tous nos maux montrent plutôt qu’ils n’en avaient pas saisi toute la portée. Impression confirmée par le pilotage de la mise en œuvre de ce socle depuis 2005. Les rares fois où il a été explicitement invoqué, c’est pour justifier une évaluationnite qui oblige les enseignants à passer de longues heures à remplir des grilles critériées dont le détail a perdu tout sens. Restaurer l’esprit du socle commun, travailler à son appropriation par les acteurs de terrain sera une mission prioritaire du futur ministre de l’Education.

    Affirmons au préalable qu’en tant qu’outil de la scolarité obligatoire, le socle commun de connaissances et de compétences est un engagement que la nation prend envers tous ses enfants. De six à seize ans, les jeunes doivent vivre une expérience commune visant à la construction d’une culture partagée appuyée sur un socle de compétences et de connaissances. Cette période de la scolarité doit donc être exempte de toute sélection. Je défends en conséquence le projet d’une école fondamentale qui, de six à seize ans, scolarise tous les enfants sans redoublement ni orientation, comme cela se pratique déjà dans plusieurs pays, dont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats dans les évaluations internationales. Le socle ne doit donc pas être, en tout état de cause, un prétexte pour organiser une sélection, un « dépistage » ou une « catégorisation » des élèves, comme les actuels gouvernants ont pu le croire. Il s’agit d’un levier pour les apprentissages, pas d’un obstacle de plus.

    Décidons ensuite ensemble que le socle est un référentiel et non un programme. Intégrer l’esprit du socle, c’est considérer que les efforts des équipes pédagogiques doivent porter davantage sur la recherche des meilleurs moyens de réaliser ces finalités pour chaque élève que sur la garantie à tous les élèves du même nombre d’heures de cours de chaque discipline et sur le « bouclage » de programmes annuels définis dans leurs moindres détails. Cela implique que les programmes, dorénavant, soient définis en termes d’objectifs transdisciplinaires de cycles pluriannuels. Dans l’esprit du socle, ce doit être à la communauté éducative de fixer, à travers le projet de chaque établissement, les horaires, les modes de regroupement d’élèves et les contenus disciplinaires les mieux adaptées aux réalités locales et aux priorités de l’établissement pour atteindre ces objectifs. Il faut promouvoir le modèle d’une équipe d’enseignants qui prendraient en charge un groupe d’une centaine d’élèves pour mettre en place, avec eux, les conditions d’apprentissage les plus efficaces. Leur autonomie doit être importante : il doit notamment être possible qu’une part importante de l’enseignement dispensé dans un établissement, en fonction de sa région d’appartenance ou du public qui y est scolarisé, ait lieu dans une langue régionale ou dans la langue d’origine de certains élèves. Le socle fournit une occasion de réaffirmer un principe républicain fort : la définition des objectifs et des finalités appartient à l’Etat ; celle des moyens de les atteindre est de la responsabilité des acteurs de terrain. La subsidiarité, trop souvent mise à mal dans un système scolaire plus attentif à l’application des directives qu’à l’effectivité des apprentissages, est une implication trop souvent oubliée du socle commun.

    Il reste que, si le principe du socle doit être un appui pour une nouvelle politique éducative, son contenu a grand besoin d’être révisé. Si le Socle est un moyen de revenir aux « fondamentaux », ce n’est pas pour réduire l’éducation scolaire au « lire, écrire, compter », mais pour construire l’autonomie, la solidarité et la responsabilité. Le scandale qu’a représenté, dès sa première mouture, la note de vie scolaire et l’abandon des savoirs du corps, est connu. Mais j’entends aussi dénoncer l’absence des savoirs manuels et professionnels : la « revalorisation de la voie technologique et professionnelle », incantation rhétorique des discours ministériels, ne sera possible que si tous les jeunes, au cours de leur scolarité obligatoire, ont eu l’occasion de développer significativement leurs compétences manuelles et d’avoir un véritable contact avec le monde professionnel. L’orientation éventuelle, après seize ans, vers une formation professionnelle, doit se faire en toute connaissance de cause, comme se fait le choix d’études générales. Je veux par ailleurs qu’on s’interroge sur la dimension culturelle de l’apprentissage des langues. Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, l’anglais de communication internationale est devenu un apprentissage obligé. La limitation du socle à « la pratique d’une langue vivante étrangère » est de ce point de vue fort hypocrite, car elle contribue indirectement à la prééminence de la langue anglaise, les autres cultures étant réservées à une élite faisant la démarche d’étudier plusieurs langues. Osons affirmer deux objectifs forts : à l’issue de la période d’instruction obligatoire, chaque jeune doit maîtriser l’anglais de communication internationale, avoir bénéficié d’une initiation à l’esperanto et avoir découvert plusieurs langues dans leur dimension culturelle plus que comme moyen de communication. Parmi ces langues, l’anglais et les langues régionales peuvent évidemment trouver leur place. L’autonomie et l’initiative, enfin, invoquées dans le pilier 7, n’insistent pas assez sur la nécessité d’« apprendre à apprendre », considérée comme une « compétence-clé » par le Conseil de l’Europe et l’Union européenne.

    Commission Enfance, Education, Formation d’Europe Ecologie – Les Verts
    Eva Joly


    votre commentaire