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      • Par Lefigaro.fr avec AFP
      • Mis à jour le 20/05/2015 à 07:31
      • Publié le 20/05/2015 à 06:42

    Le décret et l'arrêté relatifs «à l'organisation des enseignements au collège» prévoient comme prévu une entrée en vigueur de la réforme «à compter de la rentrée scolaire 2016».

    Le décret ainsi que l'arrêté portant sur la réforme contestée du collège sont parus mercredi au Journal officiel, au lendemain d'une journée de grève et de manifestations.

    Le premier ministre Manuel Valls avait déclaré mardi que la réforme du collège serait "mise en oeuvre" et que le décret serait "publié le plus rapidement possible", en dépit de la mobilisation à son encontre. C'est chose faite. 

    Le décret et l'arrêté relatifs "à l'organisation des enseignements au collège" prévoient comme prévu une entrée en vigueur de la réforme "à compter de la rentrée scolaire 2016". La réforme prévoit de laisser chaque collège fixer 20% de son emploi du temps, avec de l'accompagnement personnalisé pour tous, de l'interdisciplinarité et une deuxième langue vivante (LV2) avancée en cinquième.

    L'arrêté paru au JO détaille aussi les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), prévus à partir de la cinquième pour favoriser notamment le travail en groupe. Les huit thèmes d'EPI vont de la santé à la culture en passant par la transition écologique ou les langues de l'Antiquité. Les élèves en suivront deux par an et au moins six des huit thématiques entre la cinquième et la troisième.

    L'autonomie accrue accordée aux établissements et l'interdisciplinarité ont cristallisé la grogne des syndicats anti-réforme qui ont appelé à la grève mardi. Un gros quart des professeurs des collèges publics (27,61%) ont répondu à l'appel d'une intersyndicale de sept organisations selon le ministère de l'Éducation, alors que le Snes, principal syndicat du secondaire, annonçait "plus de 50%" de participation.

    La ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a répété mardi que la réforme était "indispensable". Elle a cependant assuré "entendre" les enseignants, en grève ou pas, et promis "des garanties" pour une bonne mise en oeuvre de la réforme dans les textes d'application.

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      • Par LeFigaro.fr avec AFP
      • Mis à jour le 20/05/2015 à 08:41
      • Publié le 20/05/2015 à 07:59
    François Bayrou, le président du MoDem, a appelé aujourd'hui à une "manifestation nationale" après le "passage en force" gouvernemental que représente à ses yeux la publication au Journal officiel de la réforme du collège.

    "La publication du décret au JO, au mépris de tous les engagements de prise en compte des réactions d'inquiétude, est un passage en force" qui ne peut que "provoquer une profonde indignation", a déclaré le maire de Pau. "Nous n'aurons d'autre recours qu'une manifestation nationale".



    "Le gouvernement avait ces derniers jours répété à plusieurs reprises qu'il entendrait ceux des enseignants, des intellectuels ou des responsables politiques qui manifestaient leur préoccupations sur les langues anciennes, la suppression de sections bilingues ou européennes, et le flou d'un certain nombre de dispositions sur les enseignements interdisciplinaires", a poursuivi l'ex-candidat centriste à l'Elysée.

    Le décret ainsi que l'arrêté portant sur la réforme contestée du collège sont parus aujourd'hui, au lendemain d'une journée de grève et de manifestations en demi-teinte, face auxquelles l'Exécutif avait manifesté sa détermination.

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    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Dans un entretien fleuve à FigaroVox, l'ancien candidat à la présidentielle dénonce le caractère inégalitaire de la réforme du collège, délivre sa vision de l'école, et revient sur son expérience de ministre de l'Éducation nationale.


    PROPOS RECUEILLIS PAR: ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio


    Vous avez jugé sévèrement la remise en cause du latin et du grec. Vous avez même dit: «c'est une décision dégueulasse». Qu'est-ce qui vous choque aussi profondément dans cette réforme?

    La proposition de l'école pendant plusieurs décennies a été d'ouvrir aux enfants de toutes origines et de tout milieu le niveau le plus exigeant pour que celui-ci leur serve de viatique, de bagage de route pour la vie. Il faut d'abord se concentrer sur ce qui fait la différence en termes de reconnaissance sociale. Bien sûr, on peut dire que la profession, les revenus, sont une forme de différence très importante, mais ce qui fait la différence principale de reconnaissance, c'est d'abord la langue: la langue comme moyen d'expression, comme moyen d'acquisition de connaissances, comme clef d'appropriation d'une culture. La culture n'est pas seulement l'accumulation de connaissances, mais une sédimentation à travers le temps qui vous permet de comprendre le monde et d'acquérir les instruments précieux pour s'y retrouver. Lorsqu'on pense à ces générations d'enfants issus de milieux matériellement ou culturellement défavorisés, l'école leur ouvrait une voie qui était d'excellence. L'excellence n'était pas réservée à ceux qui avaient les moyens de la recevoir à la maison, mais ouverte à tous ceux qui étaient assez intéressés, assez éveillés pour accrocher leur attention et, pas à pas, faire ce chemin vers la maitrise de l'expression, la maîtrise de la pensée.

    Depuis les humanistes de la Renaissance, on sait que la découverte des langues mères (ou des langues étrangères) est une des clefs pour maitriser le secret de la langue. Et voilà que d'un trait de plume, on supprime deux chemins de transmissions: les langues mères, le latin et le grec, et les classes bilingues. Ceux qui ne raisonnent qu'en termes de gestion et d'horaire s'en réjouiront. Pour moi, c'est un attentat contre quelque chose d'extrêmement précieux dont nous avons hérité, contre quelque chose qui est constitutif de notre histoire et de notre pays. Prendre ces décisions sans débat, à travers des commissions si peu représentatives, me paraît d'une légèreté scandaleuse. Cela traduit l'obsession récurrente de certains, au sein de l'Education nationale, de tourner la page de notre patrimoine, de notre héritage culturel.

    Sous couvert de lutter contre l'élitisme pédagogique, on consacre en réalité l'élitisme social, la constitution d'une élite par la naissance ou par l'argent. Pour moi, c'est à pleurer. Je suis pour que tout le monde puisse accéder à cette exigence élitiste, qu'elle ne soit pas réservée à quelques-uns, mais offerte à tous.

    Quelles seront les conséquences sociales de cette réforme?

    Au téléphone, l'administration ou l'interlocuteur avec lequel vous échangez, au son de votre voix, à la manière dont vous vous exprimez, sait qui vous êtes. Et la maîtrise de la langue, l'emploi du mot juste, la capacité à transmettre une émotion, une colère, un sourire ou une plaisanterie vous donne un statut, vous apporte une reconnaissance - et cela d'où que vous veniez. La maîtrise de la langue vous offre ainsi une clef pour le monde. Et aussi une clef pour lire et traduire vos sentiments et vos émotions. C'est aussi une voie qui permet de faire reculer la violence, qui est si souvent l'expression de ce qui bouillonne à l'intérieur de nous et qu'on ne parvient pas à traduire, à exprimer.

    Les mots ont une vie propre, la langue a des racines. Et cette découverte-là est précieuse pour la capacité de rayonnement, d'expression ou de compréhension de l'individu. Elle permet de lutter efficacement contre les inégalités transmises qui existent et sont difficiles à compenser. Si cette réforme aboutit, alors ce chemin d'émancipation sera réservé aux seuls enfants de privilégiés qui auront les moyens de transmettre directement leur savoir, ou de recourir à des leçons particulières ou à des enseignements privés. Bien sûr, ce mouvement vient de loin et comme je le disais traduit l'obsession récurrente de certaines écoles de pensée, au sein de l'Education nationale, qui veulent en finir avec une culture ressentie comme celle des élites. Mais sous couvert de lutter contre l'élitisme pédagogique, elle consacre en réalité l'élitisme social, la constitution d'une élite par la naissance ou par l'argent. Pour moi, c'est à pleurer. Je suis pour que tout le monde puisse accéder à cette exigence élitiste, qu'elle ne soit pas réservée à quelques-uns, mais offerte à tous. La véritable démarche démocratique, ce n'est pas le minimum pour tous, c'est le maximum, l'excellence, proposés à tous.

    Vous parlez d' «obsession de tourner la page». A cet égard, que vous inspire les nouveaux programmes, en particuliers ceux d'histoire et de lettres?

    Tout d'abord, je retiens le terrorisme jargonneux, cette incapacité à parler simplement des choses. Je vous cite deux passages du programme de 5e, 4e et 3e, qu'on appelle «cycle 4». «Le principe essentiel de cette progressivité est la notion d'acceptabilité (en fonction des genres, des situations d'énonciations, des effets recherchés et produits), notion qui permet à la fois le lien avec le socle et l'approche communicationnelle développée en langues vivantes.

    La progression au cours du cycle 4 veille a approfondir chaque notion, en choisissant les attributs les plus pertinents pour chacune. Il s'agit aussi de construire progressivement chez l'élève une posture réflexive lui permettant de manipuler la langue, de la décrire et de la commenter.» Et plus loin: «Les notions à travailler au niveau du texte dans les productions d'écrit des élèves sont les suivantes: la cohérence textuelle (maitrise de la chaine anaphorique et des substituts nominaux et pronominaux), la cohésion textuelle avec la maîtrise des temps et modes verbaux, l'enchaînement interphrastique (liens logiques), la maitrise du thème et du propos avec un usage pertinent de la ponctuation. Ces notions sont abordées de manière spiralaire tout au long de l'année, en s'appuyant sur les réalisations langagières des éleves.»

    Quant à l'histoire, le fait qu'entre le VIIe et le XIIIe siècle, on ne retienne comme obligatoire que l'Islam (débuts, expansion, sociétés et cultures) et que tout le reste soit facultatif, que l'organisation de la chrétienté médiévale ne soit même pas nommée, sinon au chapitre suivant sous la forme condescendante « une société rurale encadrée par l'église », tout cela est un parti pris (est-il conscient ou inconscient ?) qui s'apparente à la dénaturation de notre histoire !

    Si je me souviens bien, je suis agrégé des lettres, même si le concours était il y a bien des lunes. Je vous assure que ne suis pas du tout sûr de comprendre ce qu'on veut dire lorsqu'on fait de la «notion d'acceptabilité» le «principe essentiel de la progressivité» dans l'apprentissage d'une langue tout en «faisant le lien avec le socle et l'approche communicationnelle d'une autre langue»! Et quant à l'abord «en manière spiralaire» appuyées sur «les réalisations langagières», j'ai tendance à penser qu'on se moque du monde, et qu'en tout cas on confond langue et jargon pour initiés! Et il y a mille exemples de ce genre…

    Quant à l'histoire, le fait qu'entre le VIIe et le XIIIe siècle, on ne retienne comme obligatoire que l'Islam (débuts, expansion, sociétés et cultures) et que tout le reste soit facultatif, que l'organisation de la chrétienté médiévale ne soit même pas nommée, sinon au chapitre suivant sous la forme condescendante «une société rurale encadrée par l'église», tout cela est un parti pris (est-il conscient ou inconscient?) qui s'apparente à la dénaturation de notre histoire! Et le parti pris méthodologique qui fait ignorer les grandes figures de notre histoire, Guillaume le Conquérant ou Philippe-Auguste ou Saint Louis, ou Jeanne d'Arc, Louis XI, ou Henri IV, pour privilégier les faits de société me paraissent une mauvaise compréhension de l'esprit des élèves qui sont, pour un grand nombre, encore éloignés des abstractions sociologiques, et qui demandent des figures et des histoires pour découvrir l'histoire.

    En 1990, vous écriviez un livre intitulé La décennie des mal-appris. Au-delà de la réforme actuelle, on a le sentiment que la déliquescence de l'école s'est poursuivie. Comment en est-on arrivé-là?

    D'abord, il y a un combat idéologique qui ne se partage pas selon la frontière droite/gauche. Il y a d'un côté ceux, dont je suis, qui croient à la maîtrise disciplinaire, à celle des connaissances, qui aiment le patrimoine culturel que nous avons reçu en héritage et qui pensent que celui-ci doit se transmettre de génération en génération. Et il y a ceux qui pensent qu'au fond la démarche technique d'enseignement est plus importante que la maîtrise des connaissances. Si vous regardez le monde enseignant, le SNES, syndicat de la FSU d'origine communiste dans son inspiration et le SNALC, syndicat de droite dans son inspiration, sont en fait du même côté, maîtrise disciplinaire et concours égalitaire. Ils pensent qu'il vaut mieux maitriser une discipline pour l'enseigner et la transmettre. De l'autre côté, il y a des mouvements qui ressentent cette référence au concours, à la maîtrise des disciplines comme le vestige d'un certain élitisme. Cet affrontement lent et souterrain perdure, mais personne n'en formule les termes.

    Il y a également un deuxième affrontement subreptice: celui des prétendus «modernes» contre les réputés «anciens». Lorsque vous regardez les résultats des pays étrangers dans les classements internationaux, vous vous apercevez que ce sont les méthodes traditionnelles de transmission qui fonctionnent le mieux. Il y a eu le débat sur la transmission de la lecture et de l'écriture. Trente pour cent des élèves arrivent en sixième sans maîtriser la lecture et l'écriture. A huit ou neuf ans, sauf exception, ils sont déjà condamnés à l'échec. Pour autant, je ne considère pas que l'école française - eut-elle conservée ses axes - était idéale. L'école traditionnelle française, bien qu'elle soit mille fois plus efficace que celle qu'on prétend construire, souffre d'un déficit de transmission de la créativité, de déclenchement de la confiance en soi chez l'enfant. Il y a beaucoup à faire pour passer de la culture de l'appris à la culture du créer. Seulement, je crois qu'on ne crée bien qui si l'on a, au minimum, la carte et la boussole pour se repérer dans les jungles du réel et du virtuel.

    Un jour, une de vos consœurs, célèbre pour ses diatribes sur les questions éducatives, a cité comme étant de moi un texte de programme de français à l'école primaire qui était totalement jargonneux et incompréhensible. Après vérification, je me suis aperçu qu'il avait été réécrit dès après mon départ de la rue de Grenelle par les circuits habituels qui décident souvent, même sans que les ministres soient au courant.

    Les ministres de l'Education nationale passent et les hauts fonctionnaires de la rue de Grenelle restent. Quelle est l'influence de ceux qu'on appelle les «pédagogistes»?

    C'est une influence importante, bien sûr. Un jour, une de vos consœurs, célèbre pour ses diatribes sur les questions éducatives, a cité comme étant de moi un texte de programme de français à l'école primaire qui était totalement jargonneux et incompréhensible. Après vérification, je me suis aperçu qu'il avait été réécrit dès après mon départ de la rue de Grenelle par les circuits habituels qui décident souvent, même sans que les ministres soient au courant. Pour autant, je ne crois pas que les «technocrates» décident de tout. Dès l'instant qu'il y a des ministres forts, des ministres qui pèsent, cette grande administration répond et obéit.

    Pourtant, vous écriviez: «Quelle est la différence entre un optimiste et un mort? Aucune. Ce sont tous les deux des ministres réformateur de l'Education nationale». Quelle a été votre marge de manœuvre réelle lorsque vous occupiez cette fonction?

    Elle était grande. Je n'ai peut-être pas tout réussi (quatre ans c'est court), mais je rappelle, par exemple puisque c'est le sujet d'aujourd'hui, que c'est moi qui ai instauré le latin en cinquième et le grec en troisième. C'est également moi qui ai fait la première réforme du collège pour proposer des parcours différenciés et sortir de la brutalité du collège unique. Je pourrais aussi citer la réécriture des programmes d'histoire de l'école primaire pour qu'on étudie celle-ci au travers de figures principales depuis Clovis et Charlemagne en passant par Jeanne d'Arc jusqu'à Victor Hugo et Marie Curie. Je souhaitais ainsi que la chronologie des générations s'incarne dans des figures repères. Je n'ai pas eu le sentiment d'avoir à me battre contre l'administration et si je ne suis pas arrivé à tout ce que je voulais, c'est probablement parce que je ne suis pas allé assez vite. Mais dans l'ensemble, les enseignants se sentaient compris et fédérés à tel point que lors de l'élection présidentielle de 2007, plus de trente pour cent des enseignants ont voté pour moi. Les réformes sont possibles et on peut les accomplir.

    Je vous rappelle qu'en 1994, lorsque j'étais ministre de l'Education nationale, j'ai écrit la circulaire interdisant le voile à l'école. J'ai jugé que les jeunes filles mineures devaient être protégées des pressions. Face à la multiplication des incidents, j'ai compris que l'Etat devait prendre ses responsabilités et ne pouvait pas laisser les chefs d'établissements et les enseignants régler le problème seuls.

    Quel regard portez-vous sur les incidents qui ont émaillé la minute de silence après les attentats de janvier?

    Ce n'est pas forcément surprenant. Quand vous organisez une manifestation obligatoire et que vous avez des adolescents en face de vous, forcément dans tous les temps et sous toutes les latitudes du pays, certains d'entre eux broncheront. De plus, on est dans un monde facilement «complotiste», et les adolescents y sont spontanément portés, internet aidant. Surtout lorsqu'il y a en arrière-plan la question religieuse. Comme vous le savez, je suis à la fois chrétien assumé et défenseur de la laïcité. Expliquer la laïcité est compliqué et parfois cette explication est insuffisante. Il y a des approches familiales pour qui la religion est quelque chose de central dans la vie.

    Ne faut-il pas être plus strict en matière de laïcité?

    Je vous rappelle qu'en 1994, lorsque j'étais ministre de l'Education nationale, j'ai écrit la circulaire interdisant le voile à l'école. J'ai jugé que les jeunes filles mineures devaient être protégées des pressions. Face à la multiplication des incidents, j'ai compris que l'Etat devait prendre ses responsabilités et ne pouvait pas laisser les chefs d'établissements et les enseignants régler le problème seuls. Il y avait des pressions au nom de la différence entre sexes. C'est toute une vision du monde sur laquelle je ne pouvais pas fermer les yeux qui était en jeu. En quelques mois, ce que j'espérais s'est vérifié. Le voile comme instrument de pression, comme moyen de prosélytisme, a pour ainsi dire disparu des établissements scolaires français. Mieux encore, ce résultat a été obtenu sans qu'une seule fois l'islam comme religion ou les jeunes musulmans comme croyants ne soient injuriés ou blessés.

    Au-delà des questions de laïcité n'y a-t-il pas un problème d'autorité?

    J'ai plaidé pour que l'école soit un domaine protégé, pour que la loi de la rue ne s'y exprime pas, pour que l'autorité des enseignants soit garantie. C'est ce que j'ai appelé la «sanctuarisation de l'école». À l'école, ce qui doit s'imposer, ce n'est pas la loi du plus fort, c'est celle du plus savant et du plus généreux. Cela nécessite un autre ordre que celui de la rue. C'est pourquoi, j'ai toujours été hostile à la présence, que beaucoup fantasmaient, de policiers dans les écoles.

    Journaliste au Figaro et responsable du FigaroVox. Me suivre sur Twitter : @AlexDevecchio


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  • Le philosophe Régis Debray, invité à s'exprimer au micro de France Inter, s'inquiète de la future réforme du collège qui réduirait l'apprentissage du latin et du grec.

     

    Invité de France Inter, le philosophe s'inquiète de la future réforme du collège qui réduirait l'apprentissage du latin et du grec. Selon lui, «l'enseignement est un lieu d'exigence».

    Toujours combatif, Régis Debray. Au micro de France Inter ce mardi 28 avril, il a affirmé son opposition à la future réforme du collège qui devrait entrer en vigueur à la rentrée 2016. Pour ses détracteurs, cette réforme mettrait fin à la disparition des classes bilingues (surtout français allemand), et réduirait considérablement l'enseignement du grec et du latin.

    Le philosophe qui venait présenter son dernier livre Un candide à sa fenêtre (Gallimard) a d'abord tenu à rappeler que l'école vivait sur deux piliers: «Il y a deux fondamentaux. L'effort de l'élève et l'autorité du maître. L'effort de l'élève, cela paraît banal, mais on a tendance à l'oublier. L'enseignement est un lieu d'exigence, de contraintes, alors qu'on l'admet pour le sport. On ne fait pas douze secondes au 100 mètres sans exercice, sans persévérance, sans répétition. Il faut de la discipline, d'ailleurs, la civilisation aussi, ce n'est pas le Nutella, c'est l'effort! Et puis il y a l'autorité du maître, pas parce que c'est un gourou ou un démagogue, mais parce qu'il sait des choses que l'élève ne sait pas, et il y a une hiérarchie fondée sur le travail et sur l'effort que sont plutôt des valeurs de gauche, me semble-t-il.»

    «La mère, c'est le latin»

    Le présentateur de la matinale de France Inter, Patrice Cohen, souligne que le déclin du latin n'est pas nouveau: seuls 20 % des collégiens l'apprennent et encore moins de lycéens: 5 %! «Chaque discipline a sa filière d'excellence. Quand on attaque la mère, je crains pour la fille. La mère, c'est le latin», lui rétorque Régis Debray. Ce que craint par dessus tout l'écrivain? «Une école qui reproduirait les vices et les automatismes du monde extérieur: zapping, surfing cocooning, packaging, marketing et qui ferait de l'élève un client.» Pour lui, il faut apprendre aux élèves à juger par eux-mêmes. L'apprentissage de l'intelligence, de l'esprit critique par ce qu'on a longtemps appelé «les humanités». Avec moins d'allemand, l'homme qui a écrit Éloge des frontières a peur aussi que cela débouche sur «le tout anglais qui va avec le tout économique», une sorte de monoculture.

    Il a également martelé que «pour ceux qui n'ont que l'école pour apprendre, celle-ci doit leur en donner les moyens». Lors de l'émission, des auditeurs réagissent à l'antenne ou sur les réseaux sociaux, il semble que les paroles de Régis Debray, gentiment surnommé Old school du fait de sa défense de la cause du latin, du grec, de l'allemand et d'un retour à l'enseignement chronologique de l'histoire aient séduit beaucoup de monde. Et la ministre de l'Éducation nationale?


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    FIGAROVOX/ENTRETIEN - L' essayiste et romancier Pascal Bruckner revient sur la réforme du collège, les nouveaux programmes d'histoire et la tentative d'attentat contre l'église de Villejuif.


    Pascal Bruckner est romancier et essayiste


    PROPOS RECUEILLIS PAR: ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

    La réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem n'en finit pas de susciter la polémique. Les cours de latin, de grec et les classes bi-langues vont être supprimés tandis que l'instauration de cours d'improvisation inspirés de Jamel Debbouze est évoquée. Que cela vous inspire-t-il?

    Pascal Bruckner: C'est vraiment prendre les Français pour des imbéciles. On leur supprime le latin, le grec et l'allemand pour leur donner à la place du Jamel Debbouze. L'école devient le véhicule de l'ignorance et non du savoir. L'idéal de l'excellence, porté par Jules Ferry, a été progressivement délaissé par les idéologues au profit d'un égalitarisme qui confond égalité et médiocrité générale. Désormais, c'est le cancre qui devient le plus grand dénominateur commun dans la classe. Initialement, l'école de la République avait pourtant l'ambition inverse de porter une classe d'âge vers le niveau le plus élevé. Dans la novlangue actuelle, apprendre à nager aux élèves devient, «se déplacer de façon autonome dans un milieu aquatique profond standardisé». On touche le fond! La première réforme à entreprendre d'urgence serait de renvoyer tous ces «Trissotin» de la technocratie républicaine sur les bancs de l'école.

    Dans les nouveaux programmes d'histoire la chronologie est abandonnée, l'enseignement de l'islam est obligatoire tandis que le christianisme médiéval et les Lumières sont optionnels. Qu'en pensez-vous?

    Sans chronologie, l'histoire n'a pas de sens. Cette réforme risque donc d'égarer encore un peu plus les élèves. On peut également s'étonner du choix de privilégier l'enseignement de l'islam par rapport à celui des Lumières ou du christianisme médiéval. A mon sens il ne s'agit pas d'un choix arbitraire, mais idéologique. Il y a sans doute ici une volonté d'ouverture à l'égard de l'islam, un souci de plaire aux nouveaux arrivants en supprimant tout ce qui peut les heurter: l'enseignement d'un autre monothéisme et l'exercice d'un esprit critique. Mais comment comprendre la France sans connaître le «manteau de cathédrale qui la recouvre»? Comment comprendre qui nous sommes si l'on ne sait pas d'où l'on vient? C'est-à-dire d'un pays de culture profondément catholique et républicaine. Quant aux Lumières, elles sont au fondement même de la culture laïque contemporaine. Que l'on soit de gauche ou de droite, croyant ou pas, c'est durant cette période que se noue la modernité. Faire l'impasse sur celle-ci me paraît aberrant. Il est vrai que dans certains quartiers, il est désormais impossible d'enseigner la Shoah en raison du conflit israélo-palestinien ou encore Madame Bovary qui soulève la question de l'adultère. La réforme tend à cajoler les éléments les plus rétifs du système éducatif au lieu de les assimiler. Ce n'est pas forcément un bon signe à envoyer aux Français musulmans les plus éclairés qui voudraient prendre leur distance avec leur propre religion et s'ouvrir au reste de notre culture. Pour nourrir une réflexion plus profonde sur les croyances, il me paraît urgent de rendre obligatoire la lecture du traité sur la tolérance de Voltaire.

    Au motif de favoriser le « vivre ensemble », horrible terme de la novlangue actuelle, on prône l'effacement de ce qu'il y a de meilleur dans notre héritage. On méprise les Français d'origine immigrée qu'on croit incapable d'intégrer notre trésor national et on prive les Français de leur histoire. Dans les deux cas, il s'agit d'un mauvais coup porté à l'intelligence...

    Après la série d'attentats qui a frappé Paris en janvier, ne fallait-il pas envoyer des signes d'apaisement?

    Il ne faut pas confondre apaisement et reddition. Dans son dernier livre, Michel Houellebecq a magnifiquement dessiné une France possible dans les dix ans à venir. Soumission est bien sûr une utopie négative pour que nous n'empruntions pas ce chemin. Mais la réalité pourrait rattraper la fiction beaucoup plus vite que prévu. Dans le livre de Houellebecq, l'islam prend un visage presque apaisant pour mieux souligner notre responsabilité, notre lâcheté. Le 11 janvier a été un beau moment de résistance et d'indignation. Puis beaucoup sont retombés dans la culture de la peur, allant même jusqu'à suggérer pour certains de revenir sur l'interdiction du voile à l'école. A travers cette refonte des programmes scolaires on procède au reformatage du logiciel de la France pour complaire aux ennemis de celle-ci et de la liberté. Cela me rappelle l'abandon par Jacques Chirac de la référence aux racines chrétiennes de l'Europe dans le projet de Constitution européenne de 2004. On reproduit aujourd'hui la même logique de repentance agressive en niant les fondements de notre nation. Ses fondements catholiques, mais aussi ses fondements républicains nés de l'idéal des Lumières. J'y vois une tentative délibérée d'amputation des traditions nationales. Au motif de favoriser le «vivre ensemble», horrible terme de la novlangue actuelle, on prône l'effacement de ce qu'il y a de meilleur dans notre héritage. On méprise les Français d'origine immigrée qu'on croit incapable d'intégrer notre trésor national et on prive les Français de leur histoire. Dans les deux cas, il s'agit d'un mauvais coup porté à l'intelligence. Ce qu'il y a de plus terrible dans cette réforme, c'est qu'elle est défendue par ceux-là mêmes qui sont censés diffuser le savoir. Comme si le maître voulait inculquer de force l'ignorance à l'élève.

    Que vous inspire la tentative d'attentat contre l'église de Villejuif?

    Le choix d'une église ne tient en rien au hasard. Les islamistes radicaux cherchent à éradiquer toute trace des monothéismes antérieurs car ils se veulent les seuls dépositaires de la vérité. Après les Juifs, le tour des chrétiens est venu...


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