• Réforme du collège : pourquoi je vais manifester (Jean-Rémi Girard, Le Figaro, 18.05.2015)

    Manifestation de lycéens contre la suppression de postes d'enseignants en 2008.

     

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour protester contre la réforme du collège, les syndicats d'enseignants ont appelé à une journée de grève, le mardi 19 mai. Jean-Rémi Girard, secrétaire national à la pédagogie du SNALC, expose les raisons qui le poussent à manifester.


    Jean-Rémi Girard est secrétaire national à la pédagogie du SNALC-FGAF


    Je manifesterai car je ne suis pas d'accord avec la réforme du collège proposée, que ce soit dans ses grands principes comme dans ses détails. Je pense sincèrement que cette réforme n'aidera pas les élèves, voire qu'elle empirera la situation actuelle, qui n'est déjà pas glorieuse.

    Je manifesterai car c'est mon moyen de répondre à la désinformation du ministère et du gouvernement, qui nous vendent sur les plateaux télé et radio des «heures d'accompagnement» ou encore du «latin pour tous», alors que c'est faux.

    Je manifesterai car c'est mon moyen de répondre à la désinformation du ministère et du gouvernement, qui nous vendent sur les plateaux télé et radio des «heures d'accompagnement» ou encore du «latin pour tous», alors que c'est faux. L'accompagnement ne viendra pas en supplément des heures de cours, mais sera pris dessus. Si on fait une heure d'accompagnement, on aura une heure de cours en moins. Cet «accompagnement», c'est de la com', et rien d'autre.

    Je manifesterai car avec cette réforme, tous les élèves auront moins d'heures de cours. Il n'y a qu'à l'Éducation nationale qu'on essaye encore de nous faire croire qu'on apprend mieux en travaillant et en apprenant moins. Aujourd'hui, un élève de 6e en difficulté dispose généralement de 6h de français par semaine (5h de cours + 1h d'accompagnement). Après la réforme, il n'aura plus que 4h30 (accompagnement compris!). Et on ose nous dire que cette réforme va améliorer le niveau des élèves dans les connaissances fondamentales et nous faire remonter la pente dans les enquêtes nationales et internationales? À d'autres!

    Je manifesterai car on nous vend des projets interdisciplinaires obligatoires qui devront être faits sur nos heures de cours (et non en plus), qui seront abominables à organiser, souvent éloignés de nos disciplines et qui n'aideront pas les élèves à mieux réussir, car ils contribueront à déstructurer davantage encore notre enseignement. Il en va de même de la possibilité de moduler les horaires, qui est proprement scandaleuse.

    Il n'y a qu'à l'Éducation nationale qu'on essaye encore de nous faire croire qu'on apprend mieux en travaillant et en apprenant moins.

    Je manifesterai car on perd des heures en français et en maths.

    Je manifesterai car on perd des heures en sciences, et qu'on mélange en un brouet infâme physique-chimie, technologie et sciences de la vie et de la terre en 6e, avec la possibilité que le prof d'une seule des disciplines en enseigne deux, voire les trois. Et c'est comme ça qu'on va former les futurs scientifiques dont nous avons besoin?

    Je manifesterai car, sous prétexte d'un renforcement de l'allemand, ma collègue va perdre son poste, et qu'elle ne sera pas la seule du fait de la disparition des bilangues et des sections européennes, et de la fragilisation des langues régionales.

    Je manifesterai car, contrairement à ce que notre ministre ose affirmer, non, il n'y aura pas de latin pour tous. Au contraire, les horaires de latin vont diminuer d'1h par niveau, quand ils existeront (car ils devront désormais être négociés localement)! Quant aux «projets interdisciplinaires» censés apporter la culture latine, ils auront lieu à la place d'heures de français!

    Le «collège 2016» n'aura qu'un seul effet: pousser une partie des parents à se tourner vers le privé.

    Je manifesterai car mon syndicat, le SNALC, n'est pas dans l'opposition stérile, et qu'il propose depuis plus de 2 ans un projet alternatif, le «collège modulaire», dont les principes sont déjà expérimentés dans plusieurs établissements avec succès. Centré sur la maîtrise des fondamentaux sans interdire l'excellence et tout en préservant la mixité sociale, ce projet est autrement plus efficace que cette réforme inepte. Le «collège 2016» n'aura qu'un seul effet: pousser une partie des parents à se tourner vers le privé, qui fait déjà savoir qu'il aura les moyens de contourner et de proposer ce que le le public n'offrira plus. Sous prétexte d'égalité, on nous impose une réforme qui accroîtra les disparités sociales et scolaires.

    Je manifesterai car je défend l'école de la République, celle qui a fait réussir ma grand-mère fille naturelle en Lozère et mon grand-père orphelin. Aujourd'hui, je ne crois pas que ce qu'on nous propose soit de nature à renforcer la méritocratie, ni même à la permettre. Bien au contraire, on construit deux écoles: une pour les riches, une pour les pauvres.


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